REUNION CERCLE PYRENEEN DE GYNECOLOGIE
Réunion du 09 septembre 1998
L'I.C.S.I.
C. UTHURRIAGUE Biologiste
Le but de mon propos nest pas de vous expliquer la réalisation pratique dun ICSI ; Si des points précis vous interessent, nous pourrons les aborder lors de la discussion.
Jai choisi daborder avec vous trois sujets dactualité relatifs à cette technique :
LEVOLUTION DES INDICATIONS
Une étude effectuée par J.PARINAUD, présentée en 1997, lors des
journées de la FFER, montre les résultats suivants :
Cf Tableau 1
TABLEAU 1
INDICATIONS DE LICSI
(J.Parinaud-CFS 1997 FFER)
| Anomalies du sperme (1ère intention) 51,2 % Anomalies du
sperme avec échec de fécondation Echec ou pauci fécondation inexpliquée en FIV 9,7 % Dyskinésies fagellaires 1,2 % Anticorps anti spermatozoides 2,1 % Ponctions épididymaires 5,6 % Ponctions déférentielles 0,3 % Ponctions testiculaires 1,8 % Autoconservation du sperme 0,7 % |
Quen est t-il en 1998 ? Certes les indications masculines restent, et de loin prépondérantes, mais trois évolutions sont à noter :
Si bien que lon assite à un passage régulier du deuxième groupe au premier.
De plus, dans le cas déchec ou de pauci fécondation inexpliquée en FIV avec sperme normal, on passe plus facilement à lICSI après discussion des paramètres de la tentative (En particulier la qualité ovocytaire).
Cette technique devrait pouvoir pallier certaines anomalies de lovocyte qui pourraient être responsables dune absence de fécondation :
** Anomalies de la zone pellucide (Y penser si échec inexpliqué + composante familiale).
** Anomalies de la fusion entre la membrane plasmique de lovocyte et le spermatozoide (Rôle de la béta1 intégrine).
** Anomalies de la réaction corticale, dont le rôle nest pas uniquement de lutter contre la polyspermie (sans objet pour lICSI) mais damorcer un déroulement harmonieux de la fécondation. (Y penser si une polyspermie est observée en FIV). Si ces étapes sont bien étudiées, beaucoup dautres nous échappent et lon peut toujours proposer cette technique quand on est dans une impasse.Un dernier point concernant les indications féminines mérite de sy attarder quelques instants : Cest le cas des mauvaises répondeuses folliculaires (Inf à 5) lorsque sy associe une altération du spermogramme qui réduit significativement le taux de succès après FIV classique. (Cf Travail Hôpital Tenon Tableau 2
TABLEAU 2
| TENON 1996 | FIV (Sperme No) | FIV (Sperme anormal) | ICSI |
| Ponctions | 82 | 48 | 53 |
| Ovocytes recueillis | 287 | 167 | 215 |
| Ovocytes / P | 3,5 | 3,5 | 4,05 |
| Ovocytes matures | 80% | 71% | 60% |
| Ovocytes matures / P | 2,8 | 2,5 | 2,5 |
| Tx de fécondation 2PN | 76% | 40% | 78% |
| Embryons transférés | 1,9% | 1,6% | 1,9% |
| Embryons normaux / Ovocyte mature | 149 (65%) | 63 (53%) | 92 (71%) |
| G. cliniques / P | 16% | 4% | 11% |
** FIV D ou ICSI D ? : En cas d échec de Fécondation en FIVD, le recours à lICSI est licite.
** A la demande de certains centres, les CECOS ont été sollicités pour le délivance de paillettes pour pallier limpossibilité de réaliser un ICSI avec sperme de conjoint le jour de la ponction. La réponse des CECOS a été naturellement négative.
ICSI ET GENETIQUE
En effet se pose la question éventuelle des risques génétiques que peut entraîner cette technique :
Nous écarterons rapidement ce deuxième point car il na pas été observé de
fragmentation chromosomique après FIV et ICSI si la technique est bien appliquée
(Position du globule polaire).
Le seul risque est labsence de sélection spermatique : On sait que le taux
danomalies chromosomiques de patients OATS est quinze fois plus élevé que chez les
patients fertiles ! Mais on ne connaît pas la corrélation entre anomalies
morphologiques et anomalies génétiques et on ne sait pas si la zone pellucide est
capable de " filtrer " les spermatozoides anormaux.
Quels sont les risques génétiques ?
TABLEAU 3
ICSI ET ANOMALIES GENETIQUES
POPULATION GENERALE
% DANOMALIES CHROMOSOMIQUES : 0.62 %
% DANOMALIES DES GONOSOMES : 0.26 %
DONT 0.1 % DE 47 XXY
POPULATION DHOMMES OATS
( 10 ENQUETES PORTANT SUR 14796 SUJETS )% DANOMALIES CHROMOSOMIQUES : 5.32 %
% DANOMALIES DES GONOSOMES : 3.93 %
% DES AUTOSOMES : 1.39 %
LE TAUX DANOMALIES AUGMENTE AVEC LATTEINTE SPERMATIQUE
2.2 % SI SPERME NORMAL ( COUPLES INFERTILES )
5.1 % OATS SEVERE ( TRANSLOCATIONS AUTOSOMIQUES )
14.6 % AZOOSPERMIE
20.3 % AZOOSPERMIE SECRETOIRE
** Chromosomes sexuels : dominées par le
Klinefelter (47XXY) et les mosaiques.** Anomalies autosomiques : les anomalies structurales équilibrées sont représentées essentiellement par les translocations robertsonniennes, les translocations réciproques et les inversions.
** Anomalies géniques :
= mutations gonosomiques : microdélétions Y
= mutations autosomiques : agénésie bilatérale des canaux déférents (ABCD) / MucoviscidoseMicrodélétions du chromosome Y (Cf schéma )
Ces délétions définissent lexistence dun facteur dazoospermie AZF situé sur le bras long du chromosome Y : Yq11
Ces délétions conduisent à des anomalies testiculaires allant de labsence complète de cellules germinales à un arrêt précoce de la spermatogénèse. Aujourdhui on sait que 13 % des anomalies sécrétoires sont dues à une délétion AZF. Il sagit de mutations " de novo " non héritées, et qui ne devraient pas se transmettre puisque ces sujets sont stériles. Le recours à lICSI est susceptible de transmettre ces mutations de même que linfertilité aux descendants mâles, aboutissant au paradoxe des " stérilités héréditaires "
ABCD et Delta F508 :
Elles représentent 6 à 8 % des azoospermies obstructives.
La recherche des mutations les plus fréquentes simpose dans ce cas ainsi que chez la conjointe.
Un conseil génétique savère alors indispensable.AU TOTAL QUEN EST-IL DES ENFANTS NES PAR ICSI ?
ETUDE DE LIBAERS
Elle porte sur 491 caryotypes ftaux :
479 ( 97.6 % ) sont normaux
6 ( 1.2 % ) présentent des anomalies structurales bénignes
( inversions ou translocations héritées du père )
6 ( 1.2 % ) présentent des anomalies de NOVO
5 touchent les gonosomes
1 trisomie 21
Au total le nombre danomalies est identique à ce que lon retrouve dans la population générale mais avec un taux supérieur danomalies touchant les chromosomes sexuels .
ETUDE DE TESTARD
Elle porte sur 154 caryotypes père-mère-enfant .
On retrouve 6 anomalies ftales : 5 translocations ou inversions héritées du père , et une mozaique 46XY/45XO/47XXY .
Ces études permettent de dégager une attitude consentuelle :
** Caryotype chez lhomme en fonction des constantes spermatiques .
** Caryotype chez la femme en cas danomalie chez le conjoint et dans le cadre des stérilités inexpliquées .
** ABCD et recherche des mutations de la mucoviscidose .
** La recherche des microdéletions Y ne sont pas encore de réalisation courante .
** Le caryotype ftal systématique nest pas justifié .
LES DONNEES ACTUELLES SUR LES NNES SONT RASSURANTES MAIS NOUS NE DISPOSONS PAS DE RECUL SUFFISANT POUR PARLER DINOCUITE CHEZ CES FUTURS ADULTES .
CONSIDERATIONS GENERALES ET CONCLUSION
A lheure où réalité et fantasmes saffrontent ou se rejoignent dans le domaine de la transgenèse et du clonage , faut il avoir peur de cette technique ?
Par exemple se pose le problème de lICSI effectuée avec des cellules immatures : spermatides voire spermatogonies II . Les adeptes de cette technique pourront toujours argumenter en précisant que le spermatozoide chez lhomme nest que ladaptation de la spêrmatide immobile rencontrée dans dautres espèces.
De nombreuses expériences effectuées chez lanimal ont permis lobtention de naissances après ICSI effectuées avec des cellules immatures et mêmes des spermatozoides tués (Bovins) !En ce qui concerne les micro délétions, il est probable que lICSI fera découvrir des mutations autosomales expliquant lexpression des mutations de lY ; et popur être provocateur, on pourrait envisager prochainement un congrès , sous légide de lINRA : "Application à lélevage bovin de lexpérimentation réalisée sur la fécondation chez lhomme " ! , le mal est fait.
Demain, nous disposerons de sondes moléculaires permettant décarter les spermatozoides porteurs danomalies géniques ; certes on ne nous reprochera pas de contribuer à la propagation de la stérilité masculine, mais cette sélection nest-elle pas le lit dautres sélections, bien plus dangereuses ?
Je livre ces quelques éléments à votre reflexion
Claude UTHURRIAGUE