CERCLE

PYRENEEN

DE GYNECOLOGIE

 

 

Mercredi 19 Novembre 1997

" Déceler précocement et prendre en charge les troubles du comportement alimentaire de l’adolescente "

 

Par Monsieur le Professeur Jacques BRINGER

Service d’endocrinologie

C.H.U Lapeyronie à Montpellier

 

Monsieur le Professeur BRINGER a acquis, au contact des adolescentes qui le consultent, une grande connaissance des troubles du comportement alimentaire.

 

Il a sélectionné les stratégies les plus efficaces face à ces perturbations.

 

Il nous expose les mécanismes des troubles, les techniques thérapeutiques qui en découlent.

 

Il nous met en garde sur les erreurs à ne pas commettre.

 

QUELQUES DEFINITIONS :

 

On distingue :

 

Maîtrise absolue, par restriction alimentaire pure

 

Alternance de boulimie et de restrictions.

 

Sont souvent présents :

 

 

Ces plaintes nous concernent, nous gynécologues...., puisque le trouble alimentaire est le plus souvent masqué.

 

Le premier régulateur hypothalamique c’est la restriction alimentaire.

 

Car : ne pas manger pendant 3 jours détermine un trouble ovulatoire (qui dépend des réserves énergétiques de la femme).

La boulimie entraîne des troubles importants de la pulsatilité de Gh Rh.

Þ un grand nombre de dysovulations s’inscrivent dans ce contexte.

 

Importance du Phénomène, en France :

Un enquête auprès d’adolescents de la Haute-Marne montre :

 

45% d’entre elles sont concernées.

- définie par " au moins une crise dans le mois " (avec ou sans vomissements) : concerne 10 à 15% des filles.

- définie par " perte réelle de contrôle " : environ 4% des filles répondent positivement.

 

Formes cliniques :

 

Le syndrome de boulimie se définit par :

 

  1. Une envie insistante de manger sans faim,
  2. La prise de nourriture déclenche une panique face à la hantise du surpoids ou de l’obésité,
  3. Des stratégies de compensation (vomissements, restrictions, laxatifs, etc.)
  4. Deux crises par semaine.

 

La boulimie et l’anorexie sont deux aspects du même trouble, mais les risque suicidaire (élevé) n’affecte que les boulimiques.

Þ En conséquence, face à une anorectique par restriction pure, on peut mettre en place une autorité thérapeutique sans faille, et sans crainte.

 

Le syndrome d’anorexie est caractéristique :

 

    1. Peur permanente de devenir obèse
    2. La base de la personnalité est une très mauvaise estime de soi,
    3. Une réussite scolaire, ou l’effort excessif est masqué grâce au système scolaire lui-même, qui privilégie le résultat.
    4. Présence d’aménorrhée, de vomissements quelquefois
    5. Trouble de l’image corporelle : l’image objective est masquée par leur propre enregistrement erroné. Elles se voient beaucoup plus " grosses ", en permanence.

 

Þ Une démarche paternaliste ne peut donner aucun résultat chez une vraie anorectique.

 

Les boulimiques sont différentes :

 

 

 

Notions étiologiques du trouble du comportement alimentaire :

 

 

  1. Celui-ci affecte des personnalités particulières, marquées par le perfectionnisme.
  2. Certains arguments sont en faveur d’une origine génétique :

Polymorphisme d’un des récepteurs de la serotonine.

Quelques études chez des jumelles, dont les anomalies affectent de façon caractéristiques les vraies jumelles, à l’inverse des fausses jumelles.

Ces études, concordantes, ont porté sur les troubles alimentaires, mais aussi sur le simple comportement alimentaire.

 

Personnalité :

 

Une étude montpellieraine présente 56 anorectiques de 17 à 27 ans (dont les troubles ont débuté vers 14 - 19 ans)

L’IMC initial est de 13,8 (+/- 1.6). 2,4 ans après, avec la thérapeutique, l’IMC est en moyenne autour de 18.

Un questionnaire avec 96 items a été rempli par ces malades.

 

  1. 79% assimilent leur comportement alimentaire à une toxicomanie.

La toxicomanie est définie comme une dépendance s’accentuant avec le temps, où la volonté n’a pas d’activité.

C’est un mot-clé à utiliser pour les jeunes filles et pour leurs parents, ce qui pose bien le problème.

  1. Sur leur " perfectionnisme "

100% se sont définies comme " exigeantes envers elle-même et les autres "

77% comme perfectionnistes (certaines jusqu'à l’obsessionnel)

  1. L’insatisfaction : C’est un désir de " trop-vouloir "
  1. Culte, à l’extrême, de l’apparence : 70% sont insatisfaites de leur corps.

Principalement des " rondeurs "

Des autres aspects (nez - oreilles - etc.)

Certaines se détestent au point de vouloir se détruire

 

Facteurs d’environnement :

 

  1. Poids social important

(une réduction de la médiatisation de la minceur serait utile)

 

  1. Facteurs nutritionnels

recherchés, ils ne sont pas significatifs.

 

  1. La mère de l’anorectique

Elles ont peu de différence avec la personnalité des mères d’une population témoin, mais leur confrontation avec la maladie de leur fille les fait apparaître comme différentes, tendues, culpabilisées.

Þ A ce propos, il est bon de rappeler qu’on a " culpabilisé " ces mères pendant des années et qu’il faut changer le discours, lors de la prise en charge.

Il faut remarquer qu’elles se montrent sous un jour différent, quand elles ne sont pas confrontées au trouble alimentaire.

Quelques exceptions, qui posent problème :

 

Prise en charge :

 

Monsieur le Professeur BRINGER consacre beaucoup de temps, en particulier à la première consultation.

(dans cette " façade ", le corps est le plus important, en particulier en France qui est le pays du monde où le corps féminin a le plus de " valorisation ")

 

La tableau du cercle " vicieux " qui concerne l’adolescente est celui d’une problèmatique difficile, cas extrême du problème d’identification de l’adolescente.

 

Conflit Hyperactivité

d’identification

 

Perfectionnisme

Personnalité volontaire

 

c c

 

 

Maturité Insatisfaction

intellectuelle permanente

Personnalité

Immaturité Education Trop vouloir

affective Société Trop faire

Trop bien faire

 

c c

Aspect extérieur fort

Hypersensibilité

 

 

Confinement Idéalisation

Protection Obsession de la minceur

 

 

 

En conclusion, ces adolescentes ont une évolution trop précoce du rapport contrainte/insouciance

 

 

 

Complications :

 

Il est nécessaire de les décrire à la jeune fille et à sa famille afin de motiver la prise en charge.

 

Hématologiques (26%) leucopénies

A noter la rareté des infections.

 

Métaboliques (39%)

 

Hypoglycémie chronique (moins de 0.60)

 

Hypokaliémie

Un bilan ionique sanguin et urinaire est nécessaire : l’absence de chlore dans le bilan urinaire signe la présence de vomissements.

 

Glandes salivaires

Souvent hypertrophiées ainsi que les parotides.

 

Hormonales et osseuses (100%)

Insuffisances gonadotrope

Ostéopénie

 

Digestives (35%)

Parésie

perforations

Þ Une étude montre un grand retard de vidange gastrique : Il est donc utile de prescrire en pré-prandial du Motilium ou du Primpéran. Le Debridat est aussi utile.

 

L’énoncé de ces complications permet d’asseoir l’autorité thérapeutique sur la notion de " non-assistance à personne en danger ".

 

Aspects endocrinologiques

 

Hormone de croissance :

La croissance est bloquée (l’énoncé de risque de " petite taille " entraîne une motivation importante).

Cortisol :

Son taux très élevé témoigne du niveau " incroyable " du stress.

Cycles :

Aménorrhée s’installe rapidement

Les hormones gonadotropes :

LH effondrée

FSH basse

Ceci résulte de la conjonction du stress et des restrictions caloriques.

 

 

 

Le rôle des restrictions caloriques dans ce mécanisme a été évalué par des expérimentations sur des singes Macaques (J. Cameron) qui démontrent le rôle " activateur " nécessaire de la restriction calorique dans la génèse des troubles gonadotropes ; Troubles qui n’apparaissent pas en présence du seul stress.

 

Chez les sportives, seules celles qui ont des restrictions alimentaires ont des troubles (A stress égal).

 

Réserve d’adipocytes limitée

Déficit des réserves énergétiques

ß

entraîne

ß

négativation de la balance énergétique

GNRH ¯

LH effondrée FSH basse

 

Ce tableau est caractéristique d’un trouble psycho-nutritionnel.

 

Interviennent : - les neuro-médiateurs

- la balance insulinique

- la leptine.

 

Beaucoup de publications sur le rôle de la leptine et des récepteurs leptiniques.

 

Le meilleur signe reste le METABOLISME de BASE qui détermine le dépense calorique par la masse maigre.

 

Ces filles ont un grand déficit calorique.

 

Il y a aussi des troubles circulatoires typique (Raynaud - acrocyanose, etc.) qui marquent la modification de la circulation de retour.

 

Facteurs de bon pronostic :

 

  1. La crise de l’adolescence (14 - 17 ans) :

On doit agir vite pour prévenir un trouble de la personnalité (dédoublement schizoïde).

Le début très précoce (11 ans) des troubles rend, par contre, la thérapeutique difficile et nécessite une grosse prise en charge psychiatrique.

Le refus de la psychothérapie est contourné par l’annonce à la malade qu’elle n’a pas de maladie mentale, mais un " fonctionnement particulier " qu’elle doit apprendre à modifier.

 

  1. Traumatisme affectif déclenchant :

On doit éviter un paternalisme (inefficace).

  1. Délai de prise en charge :

Doit être rapide après l’apparition des signes

 

D) Type de prise en charge :

L’autorité du médecin y joue un rôle majeur.

Ne pas hésiter à recourir à l’hospitalisation, malgré son coût (évalué à 242396 F par traitement).

 

 

Attention aux retard de diagnostic :

 

TRAITEMENT :

 

  1. Expliquer : - le terrain

- l’engrenage

- la toxicomanie

  1. Faire les examens biologiques en hospitalisation de jour.

 

  1. Fixer les objectifs ponderaux (par contrats)

- par semaine

- en cours d’hospitalisation et à la fin

- objectif final : le fixer environ 20% au dessous du poids idéal.

 

  1. Sur le plan nutritionnel :

faire accepter de reprendre un peu

- de matières grasses,

- de viande rouge.

  1. Soutien psychologique :

- entretiens pour la jeune fille,

- psychothérapie familiale,

- soutien psychologique de la mère

(qui peut aller jusqu’à la dépression)

 

Graduation de la démarche thérapeutique :

 

    1. Traitement ambulatoire

1 kg repris tous les 15 jours

si échec ®

    1. Hospitalisation

si échec ®

    1. Isolement

Présenté comme un moyen de " se retrouver "

    1. En cas d’échec, nutrition entérale et parentérale

en cas de rechute ®

    1. Placement scolarisé

médicalisé

 

Les erreurs à éviter :

 

 

 

Monsieur le Professeur BRINGER conclut à l’intérêt de cette pratique pour un endocrinologue, qui replace son patient dans son cadre de personnalité, de milieu.

 

Ces interactions constituent toutes les facettes de la connaissance médicale d’un problème complexe.

 

 

Questions de l’assistance :

 

 

Sur le démarche diagnostique d’une aménorrhée, qui nécessite souvent un scanner.

 

Sur le problème grave des boulimies / anorexies, avec des comportements fréquents d’addiction qui nécessite une forte prise en charge psychiatrique (suicidaire).

 

Sur d’autres thérapies

- comportementales,

- de relaxation,

- psychothérapie de groupe

Sur le pourcentage des hommes, 5 à 6% des malades sont souvent psychotiques ou suicidaires.