Controverse sur le point G : 2ème partie


(Les mots soulignés renvoient automatiquement aux définitions de GyneDico)

I - INTRODUCTION DE LA 2ÈME PARTIE

Après avoir rappelé l'histoire du point G dans une 1ère partie, nous allons maintenant détailler les données scientifiques à notre disposition et qui appuient ce concept. 

Nous allons analyser les études sur volontaires sains et parler du phénomène de l'éjaculation féminine qui sert à certains pour justifier la réalité du point G.

II - ANALYSE DE LA RÉACTION SEXUELLE

Les études disponibles sont toutes anecdotiques (1 seul cas par exemple dans une publication de 1981) ou ne dépassent pas les quelques volontaires (11 cas avec 4 point G retrouvés en 1983 dans une autre étude soit 35% seulement des sujets).

Les conclusions de ces enquêtes sont donc difficilement acceptables en l'état d'autant qu'il s'agit d'études expérimentales réalisées en laboratoire sur des individus volontaires pour se masturber ou se laisser masturber par l'opérateur.

Nous ne savons rien sur la procédure de recrutement de ces patientes (rémunération, professionnelles du sexe, etc) qui peuvent être suspectés, sans jugement de valeur, de présenter une sexualité particulière.

L'extrapolation à la population générale doit donc être prudente et nuancée.

Dans le cadre d'une procédure de recherche scientifique, ces publications servent juste à formuler des hypothèses qui seront ou non confirmées secondairement par des études de grande envergure réalisées dans plusieurs centres de recherche indépendants les uns des autres.

Pour le point G, nous sommes loin de cet idéal.

Par exemple l'étude de 1981 (1 sujet), de 1983 (11 sujet) et les cas cités dans le livre "The G-Spot and other discoveries about human sexuality" ont été publiés par la même équipe (WHIPPLE et PERRY).

Aucune de ces études n'arrive à convaincre qu'il existe réellement une zone vaginale très ponctuelle, fréquemment retrouvée, et qui entraînerait une sensation sexuelle intense.

Bien au contraire, il semblerait que toute stimulation vaginale quel qu'en soit le lieu, correctement administrée et dans le bon contexte soit capable de déclencher une réaction sexuelle.

On peut même penser que le corps féminin contient des centaines de zones érogènes qui correctement stimulées (cou, nuque, mamelon, lobe de l'oreille, etc) peuvent permettre d'atteindre l'orgasme sans qu'il y ait réellement présence d'un organe dévolu à cette fonction.

A noter que GRAFENBERG lui-même dans sa publication originelle de 1950 ne parle pas particulièrement de l'existence d'une zone ponctuelle orgasmique vaginale.

Sa publication portait sur le comportement sexuel de certaines de ses patientes qui se procuraient des orgasmes en s'introduisant des aiguilles à chapeau dans l'urètre.

Il en avait conclu que l'urètre pouvait être une zone érogène chez certaines femmes sans y voir là la possibilité d'un point orgasmique particulier et universellement répandu.

Comment des lecteurs ultérieurs ont pu transformer cette simple description clinique d'un comportement sexuel un peu déviant en "point G" n'est pas clair.

Bref, les études cliniques, de modestes qualités statistiques, peinent à confirmer l'existence d'un point orgasmique vaginal.

Point G

III - L'EJACULATION FEMININE

Malgré des études contradictoires, il semble possible que la femme puisse expulser lors du rapport sexuel une sécrétion dont la composition rappellerait celle du liquide prostatique masculin donc différent de l'urine.

Il contient des substances que l'on ne retrouve que dans le liquide issu de la prostate masculine et qui constitue la plus grande partie de l'éjaculat masculin.

GRAFENBERG dans son étude sur la sexualité "urétrale" notait déjà cette possibilité en 1950.

La plupart des enquêtes sur ce sujet sont des interrogatoires de volontaires ou la description de cas anecdotiques donc de qualité informative médiocre et sujette à caution.

Il faut bien imaginer la situation "technique" et donc comprendre combien il est difficile d'affirmer que le liquide recueilli et analysé est bien un éjaculat et qu'il n'a pas été contaminé par les nombreuses sources locales possibles : leucorrhées, urines, transsudat sexuel vaginal, liquide des glandes de Bartholin, sécrétions de glandes de Skène, etc.

De plus, cette sécrétion par l'urètre n'est pas une preuve de l'existence d'un phénomène réellement éjaculatoire qui est un mécanisme physiologiquement complexe qui nécessite bien plus qu'une simple glande productrice de liquide.

Enfin, éjaculer n'est pas une preuve de l'existence du point G puisque cette réaction sexuelle ne lui est pas spécifique et peut être obtenue à partir de n'importe quelle stimulation érogène aboutissant à l'orgasme.

IV - CONCLUSION DE LA 2ÈME PARTIE

Les études expérimentales sur volontaires sont par définition complexes à interpréter et à extrapoler à tout un chacun.

La qualité scientifique de ces études est souvent modeste compte-tenu principalement de la petitesse des échantillons qui ne dépassent pas la dizaine de patientes.

L'analyse de l'éjaculation féminine reste tout aussi imprécise et n'emporte pas la conviction à cause des multiples obstacles techniques non résolus à ce jour et de son absence de lien spécifique avec le point G.

Nous verrons dans la 3ème et dernière partie ( à paraître dans GyneNews de Décembre 2002) quels sont les apports des études anatomiques sur cadavres et sur pièces opératoires.

Cela nous permettra de résumer et de conclure.

Pour GYNEWEB par le Docteur J-M BRIDERON (Gyn-Obs) le 01/11/2002

HINES T. "The G-spot: A modern gynecologic myth" Am J Obstet Gynecol 2001;185:359-62

Lire la 3ème partie