J. Ph. Wolf
Le clonage consiste à prélever le noyau d'une cellule embryonnaire totipotente et à l'insérer dans le cytoplasme d'un ovocyte préalablement énucléé. L'ovocyte ainsi "fécondé" puisqu'il possède dès lors 2n chromosomes provenant pour chaque moitié, de deux parents de sexes différents devient à son tour un embryon apte à se développer. La cellule dont provient le noyau doit être totipotente pour que la cellule transférée ait un potentiel de développement embryonnaire. La cellule receveuse est un ovocyte mature. A ces conditions on obtient ainsi un deuxième embryon parfaitement identique au premier. L'opération peut bien sûr être recommencée à partir d'un blastomère du deuxième embryon et d'un troisième ovocyte et ainsi de suite d'où la formation d'un clone. De telles techniques ont effectivement été développées dans les espèces animales et particulièrement chez les bovins. Cinq veaux ont ainsi été générés à l'INRA (Station de Jouy en Josas) dans l'équipe de Jean Paul Renard (1). Cependant la très faible rentabilité numérique des clones, comparé à l'investissement colossal en animaux nécessaire pour la réalisation de l'expérience fait que cette technique n'est certes pas appelée à se développer dans l'immédiat. Il faut en effet des animaux pour la production des premiers embryons d'où seront prélevés les noyaux, d'autres pour fournir les ovocytes dans lesquels ils seront transférés, et enfin ceux chez qui sera effectué le transfert embryonnaire et la gestation. Les équipes américaines ont d'ailleurs cessé de travailler sur ce sujet, le jugeant trop peu rentable.
Ce que Hall et coll. ont présenté au dernier congrès de l'AFS sous le terme de "clonage" humain n'en était donc pas un (2). Ils ont simplement scinder le pool des blastomères d'un embryon polyspermique en deux pour reconstituer deux embryons en utilisant une zone pellucide synthétique. La capacité d'un embryon à récupérer une masse cellulaire suffisante pour évoluer, quand on lui a prélevé un ou plusieurs blastomères est connue. C'est la raison pour laquelle la congélation d'embryons est possible et que leurs taux de survie sont importants même après destruction de blastomères lors de la décongélation.
C'est par clivage d'un embryon et développement de deux
blastocystes, que sont naturellement créés les jumeaux monozygotes. Cette technique est,
elle, souvent employée dans les espèces animales pour augmenter le nombre d'embryons
d'un couple parental donné. Qu'il faille l'appliquer à l'espèce humaine est plus
douteux. Il s'agissait pour les promoteurs de l'étude d'augmenter le nombre d'embryons à
transférer au cours d'une tentative de fécondation in vitro de façon à améliorer les
chances de grossesse. Cette étude a été effectuée à partir d'embryons polyspermiques.
Ce n'est donc qu'une étude de faisabilité. Que cela soit techniquement possible n'a rien
de surprenant car toutes les manipulations gamétiques réalisées chez l'homme se
déroulent souvent beaucoup mieux que leur équivalent dans d'autres espèces. C'est
notamment ainsi que la simple fécondation in vitro bien banale chez l'homme est très
difficile à réaliser chez le singe. Cependant les deux embryons obtenus par clivage du
pool des blastomères en deux sont, en l'état de nos moyens de culture actuels, plus
fragiles et donc ont moins de chances de se développer et de s'implanter effectivement.
Si le transfert de deux embryons distincts augmente bien le taux de grossesses obtenu cela
reste à démontrer quand ils proviennent du même zygote. Enfin en imaginant que cette
technique fonctionne, remplacer une stérilité par le risque de jumeaux n'est pas un but
en soit quand on connaît les problèmes posés par les grossesses multiples. Il serait
plus intéressant, pour améliorer le taux de grossesse après fécondation in vitro,
d'apprendre ce qu'est un embryon viable et un utérus réceptif.
Au total il s'agit d'une étude qui est sans grand
intérêt fondamental, sans grande application pratique mais qui par contre est très
efficace pour ouvrir la boîte aux fantasmes (3). A
Références
1 Chesne P., Heyman Y., Peynot N., Renard J.P. 1993.
Nuclear transfer in cattle: birth of cloned calves and estimation of blastomere
totipotency in morulae used as a source of nuclei. CRAcadSci111 316: 48791.
2 Hall J.L., Engel D., Gindoff P.R., Mottla G.L., Stiliman R.J. 1993.
Expérimental cloning of human polyploid embryos using an artificiel zona pellucida.
Congrès de l'Américan Fertility Society, Montréal Octobre 1993, pp Sl abstract.
3 Kolberg R. 1993. Human embryo cloning. Science 262: 6523
CORRESPONDANCE: J. Ph. Wolf, Lab. d'histologie
embryologie biologie de la reproduction Hôpital Cochin 123, bd de Port Royal
75014 Paris.