Guide de surveillance de la grossesse
Chapitre 21

INFECTIONS ET GROSSESSE : 

SYPHILIS, TOXOPLASMOSE, RUBEOLE, HEPATITE B, VIH, HEPATITE C, VARICELLE, CYTOMEGALOVIRUS, HERPES SIMPLEX, CHLAMYDIA TRACHOMATIS, UNITE DE COMPTE

 

Catherine TCHOBROUTSKY, Liliane KÉROS, Guillaume NATHAN

Il s'agit d'un domaine où le recours à des avis spécialisés est toujours nécessaire.

Les agents infectieux susceptibles d'entraver le développement normal d'un fœtus sont nombreux. Un diagnostic et un pronostic précis sont indispensables, eu égard aux enjeux : poursuite de la grossesse lorsque le diagnostic d'atteinte fœtal a pu être éliminé, interruption de la grossesse lorsque l'atteinte fœtale est certaine et grave, traitement in utero dans certains cas lorsque le fœtus est malade (ex. : toxoplasmose).

La conduite du raisonnement repose en grande partie sur des examens biologiques dont l'interprétation n'est pas toujours simple ; il ne faut donc pas hésiter à prendre l'avis des spécialistes.

I EXAMENS OBLIGATOIRES A REALISER POUR : SYPHILIS - TOXOPLASMOSE - RUBEOLE - HEPATITE B

1. Syphilis

Les diverses enquêtes récentes ne semblent pas mettre en évidence l'évolution de l'incidence de la syphilis en France (Sarriot, 1994).

L'association syphilis et grossesse est rare en France, actuellement de 0,5 à 2,5 % des grossesses. C'est dans les groupes à risque, immigrés récents, statut socio-économique bas ou marginal, où la fréquence est significativement plus élevée et que le dépistage prend toute son importance. L'incidence des syphilis congénitales est difficile à apprécier en France à l'heure actuelle ; il est estimé à 0,1 % aux États-Unis (US Preventive Services Task Force, 1989 ; Lejeune, 1988).

L'agent responsable, le tréponème pâle, est capable de traverser la barrière placentaire à n'importe quel stade de la grossesse ; cependant, le fœtus ne semble menacé d'infection qu'à partir de la quatorzième à la seizième semaine de gestation (Moyal-Barraco, 1988).

Le traitement avant le quatrième mois évite tout risque d'atteinte fœtale.

Après le quatrième mois, le risque de contamination de l'enfant est d'autant plus élevé que la syphilis maternelle est récente. Les conséquences de la contamination sont graves :

Avortement tardif du deuxième trimestre ;
Accouchement prématuré ;
Mortalité périnatale dans 20 % des cas (Enkin, 1995).

Une syphilis congénitale peut être latente ou s'exprimer précocement ou tardivement par des lésions polyviscérales (lésions cutanéo-muqueuses, lésions osseuses et articulaires, atteinte méningée, hépatosplénomégalie, atteinte des organes hématopoïetiques).

Dépistage

Il est obligatoire lors du premier examen prénatal. Il associe, dès le premier examen, un test non spécifique type VDRL à un test spécifique (TPHA ou FTA).

Le test de Nelson n'a plus d'intérêt actuellement.

Enfin, une stratégie préventive de la syphilis congénitale doit inclure des mesures générales de prévention des maladies sexuellement transmissibles.

Interprétation et conduite à tenir

VDRL et TPHA ou FTA sont positifs à des taux élevés : la contamination est récente, il faut considérer qu'il s'agit d'une maladie syphilitique latente à traiter (en dehors des autres tréponématoses des zones d'endémie).

VDRL et TPHA ou FTA sont positifs à des taux faibles (surtout pour les réactions non spécifiques) : il s'agit d'un profil sérologique d'une syphilis antérieurement traitée ou non traitée, ou d'une nouvelle contamination récente qui sera authentifiée par une augmentation franche du taux des anticorps lors de tests répétés à deux semaines d'intervalle.

VDRL faiblement positif et TPHA et FTA négatifs : il s'agit d'une fausse sérologie positive. Elle est le reflet de la présence d'un anticorps anti-phospholipidique (anticoagulant lupique, anticardiolipine) et témoigne soit de la présence d'une maladie systémique auto-immune, soit d'un syndrome anti-phospholipidique. La grossesse de ces femmes doit être particulièrement surveillée.

Toute femme présentant des signes cliniques et/ou biologiques de syphilis évolutive (ou si l'on doute de la validité des protocoles thérapeutiques antérieurs) doit être traitée selon les schémas standards préconisés par l'OMS ; la pénicilline devant être obligatoirement employée (l'érythromycine ne peut être envisagée qu'en cas de refus ou d'échec d'une désensibilisation à la pénicilline. L'érythromycine traverse mal le placenta et ne soigne pas l'enfant) (Coulaud, 1991).

Test Diagnostic Conduite à tenir
+ taux élevé Syphilis récente À traiter
+ taux faible Syphilis ancienne

ou récente

Retester
Dissocié

VDRL + TPHA

Fausse syphilis Attention ! si antiphospholipide,

grossesse à risque élevé

2. Toxoplasmose

De 50 à 80 % de la population française de plus de 20 ans (selon les régions) et de 50 à 70 % des femmes enceintes sont immunisées (Carme, 1994).

Les taux de séroconversion chez les femmes enceintes non prémunies varient de 4 à 16 pour 1 000 

Il y aurait de 1 à 3 cas de toxoplasmose pour 1 000 naissances en France soit environ de 1 700 à 2 400 enfants touchés chaque année

Chez la mère, 80% des formes sont asymptomatiques, ne se traduisant que par une séroconversion. La symptomatologie la plus fréquente est une polyadénopathie avec signes généraux inconstants.

Vecteurs : de 35 à 59 % des chats en France sont infectés par Toxoplasmo gondii (Nicolas, 1993). Chez les ovins, bovins et porcs, la prévalence varie de 10 à 40 % en fonction des régions et des modes d'élevage.

Chez la femme enceinte non immunisée, la primo-infection peut atteindre le fœtus avec un risque de transmission fœtale croissant avec l'âge de la grossesse - de 1% durant les quatre premières semaines du premier trimestre, voire quelques cas de toxoplasmoses antéconceptionnelles ayant entraîné une toxoplasmosecongénitale (Pons, 1995), jusqu'à 65 % au dernier trimestre.

La gravité de l'infection évolue en sens inverse. La période de risque maximal de donner naissance à un enfant atteint d'une maladie patente est située entre la dizième et la vingt-quatrième semaine avec un maximum à la quatorzième semaine. 

Les conséquences chez le fœtus sont, en fonction de la période d'infestation :

Avortement spontané ;
Mort in utero (rare) ;
Toxoplasmose congénitale sévère généralisée ou neuro-ophtalmique ;
Toxoplasmose bénigne, toxoplasmose néonatale subclinique, mais pouvant évoluer dans les premières années de la vie vers une choriorétinite : la toxoplasmose est une des premières causes de cécité de l'adulte jeune.

Dépistage

Obligatoire en France, il repose sur l'étude conjointe des anticorps spécifiques IgG et IgM chez toute femme dont le statut immunitaire avant la grossesse était négatif ou inconnu. Le sérodiagnostic de toxoplasmose est obligatoire au cours de l'examen prénuptial.

La recherche d'IgM spécifique par immunofluorescence (test de Remington), ou par immuno-enzymologie, doit être pratiquée systématiquement. Leur présence peut traduire une infection récente ; un deuxième prélèvement, trois semaines après, permettra de confirmer l'infection si le taux d'IgG a augmenté ou de l'infirmer si ce taux reste stable.

Recherche d'IgG spécifique par dye-test de Sabin et Feldman avec un seuil de positivité de 2 à 5 UI/ml, ou recherche par réaction immuno-enzymatique avec un seuil de positivité de 3 à 20 UI/ml.

Toute prescription d'une sérologie toxoplasmique maternelle devrait être accompagnée de données précisant la date de fécondation et les résultats sérologiques antérieurs (Fortier, 1992). Le laboratoire doit conserver les tubes pendant la durée de la grossesse.

Interprétation et conduite à tenir

Absence d'IgG, absence d'IgM (séronégativité)

La femme doit être prévenue des risques de contamination au cours de la grossesse et doit appliquer des règles d'hygiène adéquates :

Éviter les contacts avec les chats et leurs excréments, faire nettoyer par une autre personne tous les jours les récipients, en les désinfectant ;
Consommer de la viande très cuite, ne pas manger de la viande saignante ou crue (sauf viande congelée) ;
Laver à grande eau les légumes et fruits primeurs souillés de terre et, si possible, ne les consommer que cuits, ou sinon pelés ;
Se laver soigneusement les mains après avoir manipulé de la viande crue, des légumes ou de la terre et avant chaque repas ;
Porter des gants pour jardiner.

Une sérologie doit être pratiquée tous les mois dans le même laboratoire jusqu'à la fin de la grossesse, un dernier test étant réalisé avant l'accouchement ou dans les jours qui suivent, afin de ne pas méconnaître une infection des dernières semaines.

Il est recommandé de faire pratiquer un nouveau test avant la prochaine grossesse.

Présence d'IgG, absence d'IgM

Résultat en faveur d'une infection ancienne. L'absence d'IgM recherchées par une technique d'immunocapture permet, en pratique, d'exclure une primo-infection récente.

Pour éliminer le risque exceptionnel d'une disparition rapide des IgM, il est souhaitable d'effectuer un deuxième prélèvement pour vérifier la stabilité des IgG : un taux stable d'IgG témoigne d'une infection datant de plus de deux mois.

Absence d'IgG, présence d'IgM

Situation rare. Il peut s'agir d'une réaction non spécifique, d'une réaction croisée ou encore d'une infection à son tout début.

Un deuxième prélèvement est absolument nécessaire et seule l'apparition des IgG confirmera la primo-infection récente.

Présence d'IgG, présence d'IgM

Si le test effectué le mois précédent était négatif, il s'agit d'une conversion sérologique à confirmer sans délai sur un nouveau prélèvement.

En dehors de cette situation, un prélèvement doit être effectué trois semaines plus tard pour étudier l'évolution du taux des anticorps 

a) Taux stables : infection datant de plus de deux mois ;
b) Taux ascendants : infection datant de moins de deux mois.

Les IgM sont fréquemment détectées en dehors des primo-infections récentes, en raison notamment de leur persistance ; les IgM toxoplasmiques sont en effet souvent détectées plus d'un an après la contamination.

En cas de difficulté de datation d'une infection, il est nécessaire de s'adresser à un laboratoire spécialisé qui effectuera des examens complémentaires.

Un cas particulier : malgré la séropositivité acquise chez une immuno-déprimée ; la surveillance mensuelle est recommandée car des atteintes fœtales ont été décrites dans ces cas.

Que faire devant une séroconversion ?

Demander un avis spécialisé ;

Commencer immédiatement le traitement médical (Spiramycine 9 MU/j) ;

Réaliser une surveillance échographique régulière (toutes les trois semaines) et envisager la possibilité de proposer un avortement thérapeutique si apparaît : hydrocéphalie, calcifications crâniennes, hépatomégalie ;

Le diagnostic anténatal est actuellement effectué par Polymerase Chain Reaction (PCR) sur le liquide amniotique à partir de 18 SA ;

Le traitement sera alors adapté si l'atteinte fœtale est certaine ;

À la naissance, l'enfant doit immédiatement être confié à un pédiatre qui jugera de l'opportunité d'un traitement parfois long.

IgG IgM Diagnostic Conduite à tenir
- - Non immune Hygiène de vie
+ - Infection ancienne Contrôle 3 semaines plus tard
- + Réaction non spécifique Contrôle 3 semaines plus tard
+ + Séroconversion Contrôle 3 semaines plus tard :

Taux stable = infection de plus de 2 mois ;

Taux ascendants = infection moins de 2 mois.

Dans tous les cas, traitement immédiat par Spiramycine. Avis spécialisé.

3. Rubéole

Voir le dossier spécifique

4. Hépatite B

Le taux de séroprévalence de l'antigène de l'hépatite B (Ag HBs) chez les femmes enceintes en France est estimé entre 0,40 et 0,55 % . Ce taux est variable en fonction du lieu de naissance.

Le nombre de nouveau-nés infectés par le virus de l'hépatite B par transmission materno-fœtale est estimé entre 700 et 1 500 (Denis, 1994 ; Soulié, 1991).

La transmission est essentiellement per- et postnatale. Le risque pour le nouveau-né dépend du caractère aigu ou non de l'hépatite, la présence de l'Ag HBs et de l'Ag HBe indiquant un risque de transmission élevé (90 % si présence de l'Ag HBe) (Ranger, 1990).

Le risque de devenir porteur chronique pour un nouveau-né infecté est particulièrement élevé entre 25 et 40 %, avec l'évolution vers une cirrhose post-hépatique ou un hépato-carcinome. Un traitement préventif évite plus de 90 % de ces infections (Soulié, 1991 ; Ranger, 1990).

Dépistage

Le dépistage de l'Ag HBs a été rendu obligatoire en France chez toutes les femmes enceintes au début du sixième mois de grossesse (cf. chap. 23) par recherche de l'Ag HBs ; la moitié des femmes porteuses de l'Ag HBs ne se connaissent pas de facteurs de risque. La majorité des hépatites B sont asymptomatiques, mais, en cas de signes cliniques, l'Ag HBs est présent.

Conduite à tenir

En cas de dépistage positif, un suivi collectif associant obstétricien, sage-femme et pédiatre est nécessaire. La prévention repose sur l'immunisation passive et active du nouveau-né, efficace dans 92 à 98 % des cas (Brossard, 1988 ; Huraux-Rendu, 1987 ; Grosheide, 1993) :

Injection intramusculaire d'immunoglobulines spécifiques en salle de travail ;

Première injection de vaccin anti-HB par voie sous-cutanée dans les premiers jours à renouveler à un et deux mois. Rappel un an après.

Un contrôle sérologique peut apprécier l'efficacité du traitement préventif dès le sixième mois.

Mesures en cas de séropositivité :

L'allaitement maternel est à éviter autant que possible ;

Proposer la vaccination des sujets contacts (conjoint, enfants) s'ils n'ont ni antigène, ni anticorps anti-HBs, ou leur expliquer les mesures prophylactiques (préservatifs) ;

Proposer le dépistage du VIH chez toute patiente Ag HBs+ (en raison de l'association fréquente) (Soulié, 1991).

Surveiller régulièrement les transaminases de la femme pendant et après la grossesse.


II. LES EXAMENS NON OBLIGATOIRES MAIS QUI DOIVENT ETRE SYSTEMATIQUEMENT PROPOSES OU RECOMMANDES

1. VIH

Les risques d'une séropositivité sont : la transmission materno-fœtale, d'autant plus fréquente que la mère a déjà le sida ou un nombre de lymphocytes CD4 < 200/mm3 ; les complications possibles de la mère si elle a déjà des symptômes ou des défenses immunitaires affaiblies (tuberculose pulmonaire, pneumopathies à Pneumocystis carinii, toxoplasose cérébrale, CMV) ; le risque de contamination par le personnel soignant.

77 % des cas de sida pédiatriques ont eu un mode de transmission materno-fœtale ; en France, 418 cas cumulés depuis 1978, 62 en 1991, 53 cas en 1993.

Dans 55 % de ces cas, le mode de contamination des mères était sexuel, dans 36 % des cas, par toxicomanie (Réseau National de Santé Publique, 1994).

Le taux global de séroprévalence VIH pour les femmes terminant une grossesse (accouchement, IVG, fausse couche, grossesse extra-utérine) en région parisienne est de 5,6 pour 1 000 en 1992-1993.

Ce taux, chez les femmes nées dans les Antilles françaises, est le double de celui observé chez les femmes nées en métropole (8,5/1000 contre 4,2/1000) ; chez les femmes nées en Afrique, il est de 18,3/1000 (enquête région parisienne).

Le taux de transmission périnatale du VIH est estimé entre 15 et 20 % (Anonyme, 1992 ; Groupe International de Travail sur la Transmission Mère-enfant du VIH, 1994 ; Couturier, 1993).

La transmission se ferait essentiellement par voie transplacentaire, pendant le travail lors de l'expulsion et lors de l'allaitement. Ce taux de transmission est nettement inférieur en cas de prévention par l'AZT (zidovudine, Rétrovir ®) chez la mère en cours de grossesse et de travail, et chez le nouveau-né.

Les modalités exactes de la transmission materno-fœtale ne sont pas élucidées : dans 80% des cas, la contamination fœtale se fait en fin de grossesse, par voie transplacentaire, mais peut-être aussi par contamination à travers la filière génitale pendant l'accouchement.

La grossesse ne modifie pas l'évolution de la maladie en cas de séropositivité VIH asymptomatique.

Dépistage

Le dépistage prénatal du VIH n'est pas obligatoire, mais la proposition par le médecin est devenue obligatoire par une loi de janvier 1993. (Ministère de la Santé, loi n° 93-121 du 27 janvier 1993 portant diverses mesures d'ordre social (JO 30/01/93)). Toute prescription de sérologie à une patiente doit être faite en accord avec elle.

Le dépistage est effectué en technique ELISA, mais il doit être confirmé par un Western-blot.

En cas de séropositivité, le couple doit être informé du taux de transmission materno-fœtale afin de discuter d'une éventuelle interruption de grossesse. Il est également utile de dépister l'infection chez le partenaire.

La proportion de femmes qui décident de faire interrompre leur grossesse quand elles se savent séropositives varie entre 50 et 70 % en fonction des études (Rey, 1994 ; Haut Comité de la Santé Publique, 1992 ; Obadia, 1992 ; Henrion, 1991).

Le dépistage d'une sérologie VIH positive chez une femme enceinte, ou la survenue d'une grossesse chez une femme séropositive, nécessite la prise en charge médicale, sociale, psychologique par une équipe multidisciplinaire familiarisée avec cette pathologie.

2. Dépistage du virus de l'hépatite C en 1995

Les risques sont :

Pour la mère, le passage à la chronicité, non aggravé par la grossesse (même en cas d'hépatite chronique active, les transaminases s'améliorent souvent en cours de grossesse) ;

Pour le fœtus, un risque faible de transmission materno-fœtale (<10%). Il est accru dans trois circonstances : lorsque la primo-infection maternelle survient pendant le dernier trimestre, lorsque le titre d'HCV ARN est élevé chez la mère et, enfin, en cas de co-infection par le VIH.

Il n'existe ni traitement préventif ni traitement curatif efficace. L'interféron n'est pas utilisé en cours de grossesse. La notion d'hépatite C chez la mère n'entraîne actuellement aucune mesure particulière à la naissance.

Dans ces conditions, le dépistage ne doit être proposé que chez les femmes à risque : antécédent de transfusion sanguine ou d'administration de produits sanguins, même très anciennement ; infection à VIH ; toxicomanie.

En cas de séropositivité, la femme doit être suivie par un hépatologue et la contamination de l'enfant, dépistée par le pédiatre. Bien qu'on ait pu mettre en évidence dans le lait colostral de l'ARN viral, en même temps que des anticorps, le risque de contamination de l'enfant par le lait de sa mère paraît pratiquement nul et l'allaitement n'est pas contre-indiqué, sauf en cas de co-infection par le VIH. En revanche, la contre-indication du don du lait dans le cadre d'un lactarium est formelle.

3. Varicelle

Environ 5 % des femmes enceintes ne sont pas immunisées. L'incubation de la varicelle est de 10 à 21 jours avec deux pics de virémie, le deuxième étant contemporain de l'éruption cutanée. de 5 à 6 jours après le début de l'éruption, les IgG maternelles sont sécrétées à des taux suffisants pour assurer une certaine protection au fœtus. Ainsi, si l'accouchement survient de 5 à 21 jours après l'éruption maternelle, le nouveau-né développera une maladie bénigne. Si l'accouchement se produit dans les 5 jours qui suivent le début de l'éruption maternelle, la varicelle congénitale qui apparaîtra entre le 5e et le 10e jour de vie, pourra être très grave.

De 1 à 2 % des femmes enceintes non immunisées qui contractent la maladie entre 13 et 25 SA donnent naissance à un enfant malformé. Les malformations liées à la varicelle regroupent des anomalies cutanées musculo-squelettiques, nerveuses d'un dermatome d'un membre ± des anomalies neurologiques. La recherche virale par amplification génique dans le liquide amniotique permet de détecter l'infection fœtale, qui reste le plus souvent infraclinique ; elle est donc inutile. Seule la surveillance échographique permettra éventuellement de diagnostiquer la malformation et de soulever la question de l'interruption médicale de grossesse.

En cas de varicelle déclarée en fin de grossesse, traiter la mère par des immunoglobulines et de l'aciclovir pour éviter les complications (pneumonie) ; isoler l'enfant de sa mère et le traiter vigoureusement (la pneumonie varicelleuse néonatale est grave) par immunoglobulines et aciclovir.

En cas de contage direct en cours de grossesse avec un varicelleux ou une personne ayant un zona, demander un titrage des anticorps spécifiques. Attendre le résultat, s'il peut être obtenu dans les 48 heures. La prescription des immunoglobulines polyvalentes est très discutée, s'administrant en perfusion IV (disponibles dans les centres de transfusion), car leur efficacité n'est pas démontrée.

4. Cytomégalovirus

Plus fréquente que la rubéole, l'atteinte fœtale par le cytomégalovirus (CMV) peut être gravissime. Il n'y a ni vaccination ni traitement. Le réservoir viral est l'homme et la contamination se fait de personne à personne ou par voie sanguine ou par transmission verticale, transplacentaire. Suivant l'ethnie, le lieu géographique, le niveau socio-économique, la séropositivité varie de 50 à 90 %. Les professionnels de santé et les femmes en contact avec des enfants sont particulièrement exposés.

La maladie maternelle passe le plus souvent inaperçue ; parfois un syndrome "grippal" avec mononucléose ou une hépatite orienteront le diagnostic. Une sérologie CMV montrera la présence d'IgM et d'IgG. Une virurie peut exister. Après cette primo-infection, le virus sera présent pendant des mois et des années dans les sécrétions, notamment cervico-vaginales. Des réinfections s'accompagnent de virémies (en fait impossibles à mettre en évidence en clinique) et, dans certains cas, d'une réapparition des IgM.

Le plus souvent, l'encéphalopathie fœtale ne sera découverte qu'après la naissance. Mais on peut évoquer le diagnostic in utero devant un retard de croissance, une microcéphalie, des images hyperéchogènes intracérébrales ou digestives. En cas de primo-infection, l'atteinte fœtale se produit dans 30 à 50 % des cas quel que soit le terme de la grossesse. Elle est beaucoup plus rare, de l'ordre de 2%, en cas de réinfection. La culture virale dans le liquide amniotique permet de savoir que le fœtus excrète le virus dans les urines : il est infecté mais pas forcément malade. La gravité de l'atteinte fœtale est jugée sur l'échographie et le prélèvement du sang fœtal. Une interruption médicale de grossesse peut être justifiée.

10 % seulement des enfants infectés ont une maladie grave et, lorsqu'ils survivent, 90% d'entre eux ont des séquelles neurologiques et sensorielles graves. 90% des enfants infectés ont une infection infraclinique, mais 10% d'entre eux développeront des séquelles tardives, essentiellement sensorielles.

Il n'y a pas, à l'heure actuelle, d'arguments en faveur d'un dépistage systématique.

5. Herpès simplex

Le risque est une contamination materno-fœtale au moment de l'accouchement ou après six heures de rupture des membranes. La maladie néonatale peut être mortelle ou laisser des séquelles neurologiques graves. Dans deux tiers des cas, la mère n'a aucun antécédent connu d'herpès génital. L'herpès simplex n'entraîne pas de malformations.

L'examen de référence devant une suspicion d'herpès génital est l'isolement du virus en culture cellulaire à partir de frottis des lésions. Le résultat est obtenu entre 24 et 72 heures.

La sérologie n'a d'intérêt que pour confirmer un diagnostic de primo-infection en cas de séroconversion.

L'attitude actuelle consiste, chez les femmes ayant un ou des antécédents d'herpès génital :

À faire une césarienne s'il existe des lésions périnéales ou cervicales en début de travail, ou s'il y a eu primo-infection herpétique dans les deux derniers mois avant l'accouchement ;

À faire un prélèvement périnéal et cervical avec culture virale en début de travail en l'absence de lésions cliniques et d'accepter la voie basse. Le pédiatre sera amené à traiter l'enfant par l'aciclovir si la culture se révèle positive.

L'aciclovir ne semble pas dangereux chez la femme enceinte, mais il n'y a pas d'indication à en prescrire pour éviter ou raccourcir les récidives. Seules les formes graves généralisées doivent être traitées.

6. Chlamydia trachomatis

La contamination materno-fœtale au moment de l'accouchement peut entraîner des infections néonatales (conjonctivites) ou post-néonatales (pneumonies).

Il n'y a pas de risque au cours de la grossesse, mais des salpingites post-partum ont été décrites.

Ce germe (bactérie à Gram négatif à développement intracellulaire) doit être recherché s'il y a une urétrite chez le partenaire et chez les femmes à risque de MST.

La culture, qui se fait dans des laboratoires spécialisés, est l'examen de référence. Il n'y a pas de place pour les examens sérologiques dans les infections génitales basses.

Le traitement repose sur l'administration d'érythromycine per os, 2g/j pendant 15 jours ; les partenaires seront traités par les cyclines.

7. Mycoplasmes

Le Mycoplasma hominis et l'Ureaplasma urealyticum sont souvent retrouvés dans le prélèvement vaginal, isolés ou associés à d'autres germes, notamment les anaérobies et le Gardnerella vaginalis. Du fait même de leur fréquence, leur rôle pathogène ne peut pas toujours être affirmé. En tout cas, sur le plan pratique, on ne doit en tenir compte que si l'appréciation quantitative de la teneur en mycoplasmes des prélèvements cervico-vaginaux montre une prolifération excessive ³ 104/ml.

Les infections à Ureaplasma urealyticum peuvent être ascendantes et entraîner une chorio-amniotite clinique ou infraclinique et être à l'origine d'avortements ou d'accouchements prématurés. Des pneumonies fœtales ont été décrites.

Les infections à Mycoplasma hominis donnent plus volontiers des infections en fin de grossesse et des endométrites post-partum.

Traitement : ne pas traiter si le titre est faible ( < 10p3/ml).

Traitement si titre > 10p4/ml : la femme enceinte, érythromycine 2g/j pendant 15 jours, et le conjoint, par les cyclines.


Guide de surveillance de la grossesse de l'ANAES