LE VÉCU DES PATIENTES : AVANT, PENDANT ET APRÈS ESSURE

La stérilisation féminine par voie hystéroscopique

Dr Caroline Dhainaut, 
Chirurgien gynécologue-obstétricien
service de gynécologie-obstétrique du Pr Madelenat
Groupe hospitalier CHU Bichat-Claude Bernard
Centre de formation national ESSURE

Convaincue de l’avancée que constitue le dispositif médical ESSURE pour les femmes qui souhaitent une stérilisation, Caroline Dhainaut a fait partie des chirurgiens pionniers à l’avoir proposé et implanté en France. L’année dernière, elle a répondu à la demande de stérilisation de 50 femmes par ce système. En deux ans d’expérience, sa pratique a évolué vers un plus grand confort pour les patientes qui bénéficient aujourd’hui d’une intervention quasi-indolore et sans anesthésie. Ces dernières se révèlent totalement satisfaites de ce choix.

Comment les femmes intéressées par ESSURE arrivent-elles dans votre consultation?

C.D : Elles en ont entendu parler par leur gynécologue à la suite d’une demande de stérilisation tubaire, parfois en lisant la presse, en cherchant sur Internet ou par le bouche à oreilles.

Quelles sont leurs motivations ?

C.D : Le profil des femmes demandeuses d’une stérilisation tubaire est variable : soit, elles viennent d’avoir leur quatrième ou cinquième enfant "par inadvertance" et ne veulent surtout plus d’une autre grossesse, soit elles ne sont pas parvenues au fil des années à trouver la contraception qui leur convient, soit elles ne veulent plus – ou pas - d’enfants et en ont assez de la pilule ou du stérilet. Pour d’autres femmes enfin, la grossesse est contre-indiquée du fait d’une maladie chronique.

Ces patientes sont-elles sûres de leur choix lorsque vous les voyez ?

C.D : Nous laissons toujours s’écouler un délai de quatre mois entre la prise de décision et la procédure. De mon côté, je m’assure du fait qu’elles ont fait le bon choix en leur posant deux questions fondamentales et très personnelles : "Si vous perdez un de vos enfants, aurez-vous l’envie ou le besoin d’avoir un autre enfant ?" et "Vous vous séparez de votre conjoint. Vous rencontrez un autre homme avec lequel vous refaites votre vie, il souhaite un enfant. Par amour, seriez-vous capable de refaire un enfant ?".

Si leur réponse est définitivement "non" à ces deux questions, l’indication de stérilisation tubaire est bonne.

Comment les femmes vous parlent-elles de leur décision de stérilisation ?

C.D : Elles commencent toujours par se justifier et me redonnent tous les arguments qu’elles ont déjà exposés à leur gynécologue !

Comment leur présentez-vous la technique ESSURE ? A quels arguments sont-elles sensibles ?

C.D : Je présente à mes patientes les deux techniques à leur disposition : la stérilisation tubaire par voie cœlioscopique avec mise en place de clips sur les trompes, plus connue sous la dénomination de ligature des trompes et la stérilisation tubaire par voie hystéroscopique avec le système d’implants ESSURE. Je leur présente les avantages et les inconvénients de chacune.

Pour ESSURE : l’absence d’anesthésie générale, d’opération, de cicatrices, le retour à une activité normale le jour même ou le lendemain… mais une efficacité différée à 3 mois qui demande une contraception classique transitoire.

Justement, quelles sont leurs questions concernant la période de latence de trois mois ?

C.D : Elles s’interrogent bien évidemment sur le mode de contraception adéquat. La plupart du temps le stérilet est enlevé au moment de l’implantation du dispositif ESSURE mais il m’arrive lorsque c’est possible de le laisser en place, dans les cas où la barre du stérilet ne risque pas de déplacer le dispositif. Il n’est, par contre, pas question de reposer un stérilet après ESSURE. La contraception orale ou le préservatif seront donc recommandés.

Ont-elles des questions sur l’après ESSURE ?

C.D : Oui, tout à fait. Ces questions sont même récurrentes : Mes règles seront-elles "comme avant" ? Est-ce que cela va avancer ma ménopause ? Que devient l’ovule quand les trompes sont obturées par l’implant ?

Ce à quoi vous répondez…

C.D : Que les règles seront celles que la patiente aurait sans aucune contraception. C’est donc très individuel. La patiente n’aura plus les règles abondantes liées à la pose d’un stérilet au cuivre, ni les règles quasi inexistantes que l’on a avec un stérilet à la progestérone. Ses règles ne ressembleront pas non plus à celles qu’elle pouvait avoir avec une contraception orale, ni même ce qu’elles étaient lorsqu’elle était jeune fille et qu’elle ne prenait pas de contraception, car depuis son métabolisme utéro-ovarien a changé.

Pour ce qui est de la ménopause, elle correspond à un arrêt du fonctionnement ovarien. ESSURE, comme toute technique de stérilisation tubaire, n’a aucun effet sur les ovaires puisque le dispositif consiste à obturer les trompes. Il n’y aura donc aucune conséquence sur la survenue de la ménopause.

Quant à l’ovule, il est naturellement résorbé par les globules blancs, comme à chaque fois qu’il n’y a pas de fécondation chez toutes les femmes. Bien entendu l’ovulation ne cesse pas avec la pose des implants ESSURE.

Vous interrogent-elles sur les conséquences d’ ESSURE sur leur sexualité ?

C.D : Oui, cela arrive. Elles doivent être conscientes qu’il est possible que leur sexualité se modifie. Certains contraceptifs et traitements hormonaux ont pour conséquence une baisse plus ou moins importante de la libido qui revient à la normale à l’arrêt du traitement ou après la pose d’ESSURE. Pour certaines patientes, la levée de la peur latente de devenir enceinte est libératrice sur le plan sexuel.

Comment vivent-elles l’intervention elle-même ?

C.D : En général très bien. Les échecs sont rares, de l’ordre de 5%, et sont souvent dus à un spasme des trompes : on reprogramme alors ultérieurement la pose d’ESSURE en fin de règles. La procédure est peu anxiogène et la douleur minime lorsqu’on ne fait pas d’anesthésie locale (ce sont les quatre points de piqûre de l’anesthésie sur le col de l’utérus qui s’avèrent les plus douloureux et allongent la procédure). J’ai éliminé tous les vecteurs éventuels de douleur et d’inconfort (spéculum, pinces et bien sûr anesthésie locale dans la plupart des cas).

Moyennant quoi, la douleur ressentie par les patientes aujourd’hui, estimée sur une échelle analogique, a considérablement diminué. La prise d’un anti-inflammatoire est suffisante pour que l’intervention se déroule dans des conditions optimales.

Avec le recul, et à l’usage, les femmes sont-elles complètement satisfaites de cette intervention ?

C.D : Je les revois trois mois après pour une visite de contrôle. Elles sont toutes heureuses et soulagées lorsque je leur annonce que tout a bien fonctionné, que c’est définitif, qu’elles peuvent arrêter leur contraception transitoire. Aucune n’a jamais exprimé de regret.

Après cette visite, les femmes sont suivies par leur gynécologue traitant. Je n’ai jusqu’à présent jamais été recontactée pour une complication tardive ou une grossesse : c’est donc que tout va bien…

>>Trois histoires de femmes