L'ABANDON A LA NAISSANCE DE L'ENFANT TRISOMIQUE 21

Annick Camille DUMARET (1), C DE VIGAN (2), C REYNIER (3), J GOUJARD(2), D ROSSET (4), S AYME (5)

C'est essentiellement pour des raisons psychosociales que des bébés sont remis à la naissance et confiés en vue d'adoption. A Paris, ils représentent 3 à 4 %o des naissances annuelles. Leur nombre est relativement stable alors que celui d'enfants trisomiques 21 ainsi confiés semble en augmentation d'après le professionnels de la petite enfance. Avec l'évolution des mentalités, avec l'amélioration de la médecine, la société tolérerait-elle plus volontiers l'abandon d'enfants présentant des malformations ? Quel accueil, quel projet pour ces enfants délaissés ?

Une première étude menée à Paris entre 1985-87 montrait que 12% des bébés abandonnés sont trisomiques 21 (de même à Marseille) et qu'ils représentaient 25.9% des naissances d'enfants trisomiques. Une enquête menée auprès de 13 maternités parisiennes totalisant plus de 60 % de ces abandons entre 1980 et 1989 a permis d'analyser le discours des professionnels. On constate que le handicap, les modalités de l'annonce (à l'un ou aux 2parents, avec ou sans l'enfant, transfert néonatal...) et les propositions faites aux parents ont une influence sur la décision d'abandon (1/3 des maternités évoquent directement la solution de l'adoption). Celle-ci a majoritairement été prise sous le choc, trop rapidement et hors du cadre légal de la procédure de remise en vue d'adoption (secret de l'accouchement demandé rétroactivement).

Afin de connaître l'évolution des abandons parmi les naissances de trisomiques 21,d'identifier les variables explicatives des décisions parentales et d'évaluer le devenir des enfants, une cohorte rétrospective de 593 enfants trisomiques a été constituée et les données complémentaires concernant la remise en vue d'adoption collectées auprès de plusieurs sources d'informations (maternités, Aide Sociale à l'Enfance, oeuvres d'adoption). Ce programme de recherche a été subventionné par une convention CNAM-INSERM. L'acceptation de la trisomie 21 a été mesurée à travers le taux de remise en vue d'adoptiondans 2 départements: enfants porteurs de ce handicap nés entre 1981 et 1990 à Paris etentre 1984 et 1990 dans les Bouches du Rhône.

Les résultats montrent que 19.4% des bébés trisomiques sont remis à la naissance en vue d'adoption, en proportion plus importante à Paris que dans la région de Marseille (22.6% vs12.4.%, p<.005). Les analyses univariées indiquent des différences statistiquement significatives dans la comparaison de la distribution de plusieurs variables. Le taux deplacement en vue d'adoption est lié à l'âge maternel (surtout les mères de 25-34 ans), aurang de naissance (surtout le 1 er enfant), à l'origine géographique (les mères d'origine française plus que les autres), au lieu de résidence (les parents résidant à Paris ou dans le sud-ouest de la région parisienne plus que ceux de Marseille ou du nord et de l'est de la RP), à la classe socio-professionnelle des mères (milieu favorisé) et aux malformations associées (les enfants présentant des malformations cardiaques sont plus confiés que les autres). Parmi les 115 enfants confiés, les trois-quarts n'ont pas de filiation alors que lesmères avaient toutes accouché sous leur nom (seules 5 mères pour lesquelles le diagnostic prénatal était connu ont accouché "sous X"). La moitié des enfants confiés ont été placés en vue d'adoption (58), la moitié d'entre eux avant l'âge de six mois, surtout par l'intermédiaire des oeuvres privées d'adoption.

L'ensemble de ces résultats indique que les attitudes socio-culturelles sont importantes dans les décisions parentales. Le rôle des professionnels doit également être questionné dans la mesure ou la remise en vue d'adoption est présentée comme une solution alternative à l'accueil des enfants. Cette situation semble particulière en Europe et liée aux procédures légales spécifiques de la remise en vue d'adoption en France. Les parents devraient être mieux accompagnés par des professionnels très informés sur les structures d'accueil et d'aide, et ceci en dehors de toute urgence. Un véritable travail de réflexion pourrait alors être élaboré quant à l'avenir de l'enfant et quelque soit leur décision, qu'il s'agisse de garder leur enfant ou de renoncer à l'autorité parentale.


Annick Camille DUMARET (1), C DE VIGAN (2), C REYNIER (3), J GOUJARD(2), D ROSSET (4), S AYME (5)
(1) INSERM U. 304, Paris (2) INSERM U. 149 et Registre des Malformations, Paris (3) INSERM U. 3 79,tIarseille (4) .Aide Sociale à l'Enfance de Paris (5) INSERM SCI I, Villejuif
XV èmes Journées de Nice et de la Côte d'Azur 12-14 juin 1997