Les otites 

Mise à jour le 30 sept. 2004

Dossier Bébé Santé 2002

Dr Sandra HANSON 
en collaboration avec le Dr Robert COHEN (Pédiatre, Créteil)

 

Les otites moyennes aiguës sont des infections très fréquentes. Après les rhinopharyngites, elles prennent la deuxième place dans les infections de l’enfant. De même, en pédiatrie, elles constituent, après les visites systématiques, la deuxième cause de consultation. C’est dire l’importance de cette maladie chez l’enfant, dont les antibiotiques ont fait oublier toutes les conséquences graves.

Parmi les otites, la plus importante est l’otite moyenne aiguë (OMA). On estime que 5 millions d’OMA sont traitées par an, essentiellement chez l’enfant (cohen). Effectivement, l’otite moyenne aiguë touche avec la plus grande fréquence les enfants entre 6 mois et 2 ans. Singulièrement, les garçons sont plus touchés que les filles et, comme c’est généralement le cas, un enfant allaité au sein est mieux protégé contre ces infections.

Pourquoi les tout-petits sont-ils particulièrement touchés par cette infection 

de l’oreille moyenne, c’est-à-dire de la partie qui se situe derrière le tympan ? Pour bien comprendre, un petit rappel anatomique s’impose (voir schéma). 

L’oreille est constituée de trois parties. 

Une partie externe, qui comprend le pavillon et le conduit auditif externe.

Ce conduit aboutit au tympan, membrane qui marque la frontière avec l’oreille moyenne. Cette dernière est composée de la caisse du tympan et de la chaîne des osselets. Elle communique avec l’arrière-gorge par la trompe d’Eustache. 

Enfin, la partie interne de l’oreille, contient la cochlée, organe clé de l’audition, et le vestibule, qui régit l’équilibre.

La trompe d’Eustache : un canal entre la gorge et les oreilles

En temps normal, la trompe d’Eustache, véritable conduit d’aération, égalise la pression de l’air entre la gorge et l’oreille moyenne. Elle est tapissée du même type de muqueuse que celle de la gorge, car toutes ces cavités communiquent entre elles. Si elle est obstruée par une inflammation, par exemple à la suite d’une rhinopharyngite, la ventilation ne se fait plus correctement. Les sécrétions normalement éliminées vers l’arrière-gorge stagnent dans ce canal, et risquent d’être infectées par les microbes remontant de la gorge. Le tympan perd alors sa couleur normale grisée. Votre pédiatre parlera d’otite congestive avec tympan rosé, correspondant à une simple inflammation du tympan fréquente en cas de rhinopharyngite. 

Cette otite congestive peut évoluer vers une otite moyenne aiguë, avec du pus dans la caisse du tympan. C’est la raison pour laquelle le lavage nasal et le mouchage sont conseillés pour éviter qu’un simple rhume ne se transforme en otite. Ce lavage-mouchage est réalisé avec des solutions à base de sérum physiologique pouvant contenir un antiseptique et à l’aide d’un mouche-bébé chez les plus petits qui, avant 2 ans, ne savent pas encore se moucher.

Les oreilles de bébé : plus propices aux otites

Souvent enrhumés, les enfants sont donc plus touchés d’autant que leur système immunitaire est moins efficace que celui des adultes. Tout ce qui diminue l’aération des cavités de l’oreille favorise l’apparition des otites. Or les bébés présentent fréquemment des végétations adénoïdes d’un gros volume. De plus, chez eux, la trompe d’Eustache est plus courte et plus horizontale. Ainsi l’inflammation progresse plus facilement depuis la gorge vers la caisse du tympan. Enfin, la muqueuse respiratoire située dans les fosses nasales secrète beaucoup trop de sécrétions dès qu’elle est agressée par un microbe ou des particules de fumée de tabac. Cette hypersécrétion obstrue les fosses nasales ce qui diminue l’aération de la caisse du tympan.

Tout ceci explique également que l’otite survienne de façon fréquente au décours d’une rhinopharyngite. Votre enfant a son nez qui coule depuis quelques jours, un écoulement d’abord clair puis de plus en plus épais, il tousse un peu. Puis il devient grognon, manque d’appétit. Il ne présente pas toujours de la fièvre et lorsqu’elle est présente, elle est plutôt modérée (< 38,5 °C). De même, la douleur aux oreilles ou otalgie est inconstante. Quand il en est capable, l’enfant la signale mais chez les moins de 2 ans, elle n’est retrouvée que dans un quart des cas. L’enfant se réveille en pleine nuit en pleurs, est irritable et parfois se frotte les oreilles. 

En examinant le tympan avec un otoscope, le médecin confirme le diagnostic : il voit un tympan enflammé, bombé, avec disparition des reliefs. Cependant, une otite peut survenir tout à fait brutalement, en dehors de tout rhume installé.

Traitement

Avec ou sans paracentèse ?

La paracentèse, c’est-à-dire la perforation mécanique du tympan avec un stylet, n’est plus aussi systématique qu’avant. En général, le médecin la réalise lorsque l’otite est très douloureuse avec un tympan très bombé, chez le petit nourrisson de moins de trois mois ou si le traitement par antibiotique ne marche pas. Le médecin prélève le pus et l’envoie pour analyse afin de bien préciser la bactérie en cause pour prescrire l’antibiotique adapté. Car effectivement, le traitement principal de l’otite moyenne aiguë se fonde sur les antibiotiques. Grâce aux antibiotiques, les grandes complications de l’otite comme les mastoïdites (infection de la partie osseuse, derrière l’oreille), les abcès du cerveau, les méningites, font partie du passé.

Le traitement antibiotique avant tout

Les principales bactéries responsables d’OMA, surtout avant l’âge de deux ans, sont le pneumocoque et Haemophilus influenzae. Le médecin prescrira donc des antibiotiques actifs contre ces bactéries et ayant la capacité de bien diffuser au plus profond de l’oreille. Actuellement, les antibiotiques les plus adaptés pour les enfants de moins de deux ans sont les pénicillines (amoxicilline-acide clavulanique et certaines céphalosporines de 2ème et 3ème génération). Le traitement est en moyenne prescrit pour 8 à 10 jours. Il peut être réduit à 5 jours pour les enfants de plus de 2 ans. Si les signes ne disparaissent après 3 jours, ou si les signes s’aggravent malgré le traitement, mieux vaut consulter à nouveau. La bactérie responsable de l’otite peut résister au traitement ; un autre antibiotique sera alors choisi. Un contrôle de l’état des tympans doit être systématique chez les enfants qui ne sont pas améliorés et préférable à la fin du traitement chez les enfants qui ont des otites récidivantes, afin de vérifier l’absence d’évolution traînante, en particulier vers une otite séro-muqueuse qui peut retentir sur l’audition. Cependant, malgré le traitement, 5 à 10 % des enfants ne sont pas guéris.

Bras de fer contre le pneumocoque

Le pneumocoque, bactérie responsable de 30 à 40 % des OMA pose actuellement un gros problème aux spécialistes de l’infectiologie. Depuis les années 90, il devient résistant aux antibiotiques. En région parisienne, près d’un pneumocoque sur deux résiste aux pénicillines. Le terme de résistance signifie que la bactérie a su, au fil des années, trouver la parade face aux antibiotiques et réduit leur efficacité. Le fait que l’on traite de plus en plus d’infections avec des antibiotiques, ainsi que le mauvais respect des prescriptions par les parents sont deux des facteurs responsables de l’augmentation de ces résistances. Il est donc toujours très important de parfaitement suivre la prescription de votre médecin : respecter le nombre et l’espacement des prises, donner la dose indiquée, ni plus ni moins, et poursuivre le traitement pour toute la durée inscrite sur l’ordonnance, en se gardant de tout arrêter dès que l’enfant va mieux. Ne vous transformez pas non plus en apprenti sorcier en donnant vous-même un reste d’antibiotique qui traînerait dans votre armoire à pharmacie. Enfin, faîtes confiance à votre médecin : l’administration d’antibiotiques, notamment en cas d’otite congestive accompagnant une rhinopharyngite, n’est pas utile. Un vaccin est actif contre certains types de pneumocoque. Il protège très bien ( > 80 %) contre les infections graves à pneumocoque (les méningites, septicémies, pneumonies), moins bien (30 %) contre les otites.

Les autres traitements de l’OMA

Il s’agit ici du traitement de la fièvre et de la douleur, avec du paracétamol ou des anti-inflammatoires. Outre le médicament antipyrétique, pensez à donner régulièrement à boire à votre enfant et à maintenir une température de l’ordre de 19 °C dans sa chambre. Le recours aux gouttes auriculaires n’est pas systématique. Il est même totalement proscrit en cas de perforation du tympan. Leur intérêt est surtout de calmer les douleurs.

 

(Photos tympan normal, congestif, bombé)

Les autres otites

L’otite séro-muqueuse

Là encore, il s’agit d’une pathologie fréquente chez l’enfant, qui peut guérir spontanément mais aussi être source d’otites moyennes aiguës récidivantes. Elle est favorisée par les infections ORL à répétition, le tabagisme des parents, ou par le manque de fer. L’otite séro-muqueuse se caractérise par l’accumulation de sécrétions dans l’oreille moyenne, mais sans surinfection aiguë par une bactérie. Ainsi, l’enfant ne présente bien souvent ni douleurs, ni fièvre et c’est parfois une baisse de l’audition, ou des troubles d’acquisition de langage, qui font évoquer le diagnostic. Lors de l’examen de l’oreille avec l’otoscope, le tympan apparaît peu mobile, a perdu sa transparence et comporte des bulles.

La tympanométrie peut aider au dépistage de la baisse de l’audition chez les plus jeunes. L’audiométrie permet quant à elle de chiffrer la perte d’audition.

Le traitement se fonde le plus souvent sur l’administration d’antibiotiques, parfois associés à des corticoïdes pendant quelques jours. En cas de manque de fer, que l’on peut dépister en pratiquant une prise de sang, une supplémentation est prescrite. Les récidives fréquentes ou la persistance de l’otite séreuse au delà de 3 mois peuvent conduire à proposer à ces enfants une ablation des végétations ou la pose d’aérateurs (dits yoyos).

L’otite externe

Beaucoup moins fréquentes que les otites moyennes, les otites externes sont dues à une inflammation du conduit auditif externe.

Gêne, douleurs, parfois démangeaisons sont les signes qui font évoquer cette otite, souvent consécutive à une irritation par les coton-tiges, les baignades en piscine ou de l’eczéma. Il peut aussi s’agir d’un corps étranger, ce qui souligne l’importance de faire examiner les oreilles de tout enfant qui se gratte ou souffre à la mobilisation du pavillon.

Comment prévenir l’apparition des otites ?

Des moyens plus ou moins facilement applicables permettent de réduire le risque de survenue des OMA à répétition :

• éviter l’entrée précoce en collectivité (avant 6 mois)

• ne pas fumer dans les pièces où l’enfant séjourne.

• bien nettoyer le nez des enfants et leur apprendre le plus tôt possible à se moucher.

• opter pour l’allaitement maternel, jusqu’à 5-6 mois, facteur protecteur des infections en général.

• éviter la carence en fer, en donnant au bébé du lait adapté à son âge. Les laits de suite et lait pour enfant en bas-âge (lait de croissance) sont enrichis en fer. Votre médecin peut aussi prescrire un complément médicamenteux.

• Traiter les allergies. Limiter l’accumulation de poussière.

Attention, mal d’oreille ne signifie pas forcément otite moyenne aiguë

Une douleur aux oreilles peut se rencontrer dans les cas suivants :

Un lien entre otite et tétine ?

Selon une enquête réalisée par des médecins finlandais, ne pas utiliser de tétine pendant six mois diminuerait d’un tiers le risque de développer des otites. Les chercheurs ont comparé deux groupes, demandant aux parents du premier groupe de restreindre l’utilisation de la tétine pour calmer l’enfant.

En effet, dans le groupe où les enfants ont arrêté d’utiliser une tétine pendant au moins 6 mois, le risque de développer des otites a été réduit.

Pourquoi ? La raison est inconnue à ce jour. Les chercheurs finlandais n’ont pas encore découvert pourquoi l’utilisation d’une tétine pourrait augmenter le risque d’otite. Ils émettent l’hypothèse qu’une altération de la pression entre la cavité de l’oreille moyenne et le nasopharynx. Chez les jeunes enfants, le développement de la structure de l’oreille n’est pas complet. La trompe d’Eustache, plus petite que chez les adultes, relie l’oreille moyenne à la région postérieure des fosses nasales. Sa mission est de réguler la pression dans l’oreille interne. Son obstruction par des sécrétions, généralement à cause d’un rhume ou d’une allergie, peut entraîner une infection.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille supprimer complètement les tétines. En répondant au besoin de succion, elles permettent à l’enfant de se calmer. Pour certains scientifiques, il faudrait commencer à réduire l’utilisation de la tétine après 6 mois et la supprimer après 10 mois.

Pediatrics 2000 ; Vol. 106, N°3 septembre : 483-488