La douleur de l’accouchement dans l’imaginaire des nullipares


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    DEUXIEME PARTIE

    L’enquête

  1. MATERIEL ET METHODE
  2. Il s’agit d’une étude prospective descriptive sur les représentations de la douleur de l’accouchement.

    1. Objectif de l’enquête

Suite aux différents stages effectués en salle de naissance et en consultation prénatale, la problématique de cette enquête s’est posée comme étant «  quelles sont les représentations de la douleur de l’accouchement chez les femmes nullipares ? ».

Ainsi, également orientés d’après les expériences de terrain, nous avons élaboré une première hypothèse : «  les femmes qui n’ont jamais accouché ont une représentation violente et menaçante de la douleur de l’accouchement ». Puis une seconde : «  les femmes nullipares ont peu de connaissances sur cette douleur ». A partir de ces deux hypothèses, nous avons organisé notre travail en thèmes, sous forme de questions :

L’enquête a donc été établie pour répondre à ces différentes interrogations et ainsi, répondre à l’hypothèse principale.

    1. Population d’étude
    2. Les critères d’inclusion sont simples : la population d’étude est constituée d’un échantillon de femmes nullipares, de culture française métropolitaine, quelle que soit la gestité. Ont donc été exclues de l’étude toutes les femmes dont les caractéristiques ethniques étaient susceptibles d’être éloignées de notre grille de lecture.

    3. Modalités de l’enquête 
    4. Afin de répondre à la problématique, nous avons réalisé une enquête prospective et descriptive qui s’est étendue du 13 janvier 2007 au 24 janvier 2007 inclus à l’aide d’un questionnaire.

      L’étude a été réalisée grâce au site Gyneweb (19). Il s’agit d’un site de gynécologie-obstrétrique créé il y a dix ans et contenant des articles et des dossiers sur des thèmes divers comme la grossesse, la contraception, la fertilité, la ménopause, la sexualité ou encore la pédiatrie. Administré par des médecins, il permet aussi aux femmes de poser des questions précises et d’avoir des réponses de spécialistes.

      Le questionnaire a ainsi été envoyé aux 43982 femmes inscrites sur le site.

    5. Le matériel

Le questionnaire (ANNEXE 1) est organisé en plusieurs parties correspondant aux questions exposées dans la partie « objectifs de l’enquête ».

Les questions 1 à 4 permettent d’obtenir des renseignements généraux sur les participantes et donc de cibler et de caractériser la population.

Les questions 5 et 6 permettent de connaître les attentes des futures mères par rapport à la préparation à la naissance.

Les questions 7 et 8 ont pour but d’évaluer l’intensité de douleur imaginée par les femmes et de la caractériser.

La question 9 vise à évaluer les connaissances anatomiques relatives à l’origine de cette douleur.

Les questions 10 et 11 permettent de nous renseigner sur le sentiment d’utilité ou d’inutilité de la douleur lors de l’accouchement.

Les questions 12 et 13 a pour but de connaître les facteurs qui, selon les futures mères, sont susceptibles d’influencer leur douleur.

Les questions 14 et 15 vise à évaluer les connaissances des techniques existantes en terme de soulagement de la douleur et le sentiment des femmes à leur égard.

La question 16 permet aux participantes de rajouter un commentaire.

Les commentaires pourront être utilisés pour enrichir et critiquer les résultats obtenus.

Le choix des questions et la trame du questionnaire ont été établis grâce aux données de la littérature et à l’expérience. Un pré questionnaire contenant uniquement des questions ouvertes a été testé une première fois dans le service de consultations prénatales de l’Hôpital Paule de Viguier au cours du mois de décembre 2006. En nous basant sur les réponses obtenues, nous avons transformé les questions ouvertes en questions à choix multiples. Cette nouvelle forme du questionnaire a été testée une seconde fois dans le même service. A l’issue de ce test, ne constatant pas de difficultés, nous avons pu effectuer la mise en ligne définitive sur Gyneweb.

  1. LES RESULTATS
  2. Lors du croisement des résultats, nous avons utilisé la méthode du Chi2 (avec un degré de liberté égal à 1), nous permettant ainsi de nous prononcer sur le caractère significatif de la liaison des facteurs.

    1. Questions 1 à 4 : la population d’étude 
    2. Sur les 43982 femmes inscrites auxquelles le questionnaire a été envoyé, 795 ont répondu. Afin de respecter les critères d’inclusion de l’enquête ( en particulier, l’origine ethnique ), la population d’étude a été ramenée à 510 femmes.

      Les trois premières questions ont permis d’obtenir un profil de la population : âge, profession et ce que nous appellerons le « statut obstétrical », c’est à dire, si la femme est enceinte ou non au moment de l’enquête. Pour faciliter l’analyse des données, nous avons d’ailleurs regroupé sous le « non » les femmes ayant répondu «  non » et « non mais j’espère l’être bientôt » à la première question.

      Question 1 et 2 : L’âge des participantes et « statut obstétrical » 

      Les femmes qui ont participé à cette étude font partie de tranches d’âge différentes. Certaines sont enceintes et d’autres ne le sont pas. Leur répartition est figurée sur le graphique suivant. (Fig 1)

      (Fig 1)

      Question 3 : La profession 

      Les catégories socio-professionnelles proposées dans le questionnaire ont été tirées de la nomenclature des professions – niveau 1 – utilisée par l’INSEE (20). La population d’étude est constituée par diverses professions, présentées dans la figure 2.

      Dans les 13% de femmes ayant coché l’item « autre », on retrouve des professions médicales et paramédicales, des professions de l’enseignement, des femmes sans profession et/ou à la recherche d’un emploi ainsi que divers corps de métier.

      (Fig 2)

      Question 4 : L’origine ethnique

      La question 4 permettait de connaître l’origine ethnique des parents des femmes participantes. Ainsi, conformément avec nos critères d’inclusion, nous avons pu sélectionner uniquement les femmes d’origine française métropolitaine. Sur les 795 participantes, seulement 510 (notre population finale) remplissaient ce critère.

    3. Questions 5 et 6 : la préparation à la naissance
    4. Question 5 : La participation à la préparation à la naissance 

      Sur la totalité des femmes interrogées, une grande majorité envisage d’avoir recours (ou a déjà recours, pour celles qui sont enceintes), à des séances de préparation à la naissance. D’autres sont encore indécises. (Fig3)

      (Fig3)

      Lors de l’étude de ces résultats, nous avons constaté une liaison statistiquement significative entre le choix de participer à des séances de préparation à la naissance et statut obstétrical d’une part (Fig4) et de l’âge d’autre part (Fig5) avec p≤0,001.

      ( Fig 4 )

      ( Fig 5 )

      Question 6 : Les attentes de la préparation à la naissance concernant la douleur 

      Les séances de préparation à la naissance sont, entre autres, une opportunité de parler de la douleur de l’accouchement. Les attentes des femmes sur ce sujet sont illustrées sur le graphique suivant ci dessous (Fig 6).

      Parmi les 23 femmes qui ont coché l’item « autre », 19 n’ont pas de réponses ou des réponses non exploitables. Les 4 autres femmes ont des réponses différentes : aborder les différentes positions possibles pour l’accouchement, parler de l’accompagnement par le conjoint, pratiquer la relaxation, la détente et la gym douce, « Ce que j’attends c’est pas de me dire ce qui se passe dans mon corps car je le sais mais m'aider en me disant simplement des astuces[…] A cause de notre méconnaissance justement de notre corps, la douleur est mal vécue car on est "soustrait" aux "ordres" de l'extérieur et on SUBIT cette douleur. »

      (Fig 6)

    5. Questions 7 et 8 : caractérisation de la douleur
    6. Question 7 : Intensité de la douleur

      Sur une échelle de 0 à 11, où 0 représente l’absence de douleur et où 11 correspond à une douleur insupportable, il a été demandé aux femmes, lorsqu’elles pensaient à la douleur de l’accouchement, de coter le niveau de douleur qu’elles imaginaient. (Fig 7) Nous n’avons pas mis en évidence de liaison significative avec le statut obstétrical ou l’âge.

      (Fig 7)

      Question 8 : Caractérisation de la douleur :

      Parmi une liste définie, il a été demandé aux participantes d’attribuer des adjectifs à la douleur de l’accouchement. Les réponses sont présentées dans le graphique suivant (Fig 8) :

      (Fig 8)

      Pour les différents adjectifs, nous avons cherché une influence de l’âge ou du statut obstétrical. Pour les groupes « utile-inutile » et « bénéfique-nocive », nous n’avons pas mis en évidence de liaison significative. Pour ce qui est du groupe « supportable-insupportable », la liaison avec l’état obstétricale, nous obtenons un résultat de 3,8, soit légèrement inférieur au seuil de significativité qui est de 3,84 dans les conditions de notre étude. Ce résultat est donc « limite » et ne nous permet pas de conclure.

    7. Question 9 : origines de la douleur
    8. La question était la suivante : « A votre avis, d’où vient la douleur de l’accouchement ? qu’est-ce qui fait mal ? ». Les réponses sont présentées sur la figure 9.

      L’item « contraction » regroupe toutes les réponses qui comportaient l’expression « contractions utérines », qui faisaient allusion à des « contractions » sans plus de précisions ou parlant simplement de « travail musculaire » sans autres détails ( Fig 10 ).

      L’item « déformation du corps » regroupe toutes les réponses qui évoquent l’étirement des tissus, la dilatation des organes, l’écartement des structures (notamment le bassin) secondaires à la descente du bébé.

      Pour ce qui est du terme « étroitesse », il s’agit de toutes les femmes qui imputent la douleur de l’accouchement à la disproportion entre la taille du bébé et celle des voies génitales.

      Le « déchirement des tissus » est mentionné en majorité pour le moment de l’expulsion et concerne donc en particulier le périnée mais il l’est aussi concernant la progression du bébé dans le bassin.

      L’item « pression exercée par le bébé » regroupe les réponses faisant allusion à une pesanteur ou à une compression des organes par le bébé.

      L’item « autre » regroupe des réponses très diverses : plusieurs femmes ont cité des organes ou des localisations anatomiques sans préciser davantage ( « utérus »,  « reins », « dos », « ventre », « vagin », « ovaires » ). D’autres parlent de l’importance du stress et de la peur, certaines citent l’épisiotomie ou la délivrance. Une dizaine de femme évoquent l’importance de la part psychologique dans le vécu de la douleur et évoque en réalité la souffrance psychique comme origine de la douleur physique. Enfin, 4 femmes parlent de l’influence de la culture et de l’environnement (médias, films, amis, proches) sur le vécu de la douleur. Une femme parle même de « conditionnement ».

      Les réponses à cette question ne sont influencées ni par l’âge, ni par la catégorie socioprofessionnelle, ni par le statut obstétrical.

      (Fig 9)

      ( Fig 9 )

    9. Questions 10 et 11 : utilité et inutilité de la douleur
    10. Question 10 : Utilité de la douleur :

      Pour 14% de la population d’étude, la douleur ressentie lors de l’accouchement n’a aucune utilité. Pour les autres, elle est utile, à différents niveaux. Les réponses choisies sont présentées sur la figure 8. (Fig 11)

      Parmi les réponses de l’item « autre », d’autres sens de la douleur sont exposés : Il y a l’idée de dépassement de soi : «  elle permet de connaître ses propres limites » et «  elle permet de se surpasser, d’aller au bout de ses possibilités […] ». Pour 2 femmes, elle permet de «  marquer un passage » car elle permet « d’accepter que l’enfant quitte le ventre ». Pour une femme, certaines douleurs étant étroitement liées à la position du bébé (par exemple les douleurs dorsales lorsque l’enfant est en variété postérieure), ressentir la douleur permettrait à la future mère de «  s’adapter spontanément ».

      (Fig 11)

      Question 11 : Inutilité de la douleur :

      Les raisons pour lesquelles les femmes caractérisent la douleur de l’accouchement comme inutile est précisé comme suit (Fig 12).

      Dans la catégorie « autre », une majorité répond que la douleur ne leur paraît pas inutile. Plusieurs ont tenu à préciser leur sentiment à ce sujet : «  la douleur fait partie intégrante de l’accouchement », «  si la douleur existe, c’est qu’elle a un rôle », «  la douleur est la punition de Dieu », «  elle permet peut être de conscientiser l’importance de l’événement », «  le bébé souffre aussi, la douleur permet une communion dans la souffrance vers une délivrance commune ».

      (Fig 12)

    11. Questions 12 et 13 : influencer la douleur
    12. Question 12 : L’augmenter :

      Parmi une liste de facteurs, les femmes devaient signaler les 3 facteurs qu’elles pensaient les plus susceptibles d’augmenter la douleur lors de l’accouchement. Les résultats sont illustrés dans le graphique suivant (Fig 14).

      Dans la catégorie « autre », trois femmes évoquent la position en décubitus dorsal comme une source possible de douleur, deux parlent de l’inconnu lié à une mauvaise préparation comme facteur aggravant la douleur.

      ( Fig 14)

      Question 13 : La diminuer :

      De la même façon, il leur a été demandé de choisir les 3 facteurs susceptibles de diminuer le plus la douleur lors de l’accouchement. (Fig 15)

      (Fig 15)

      Pour permettre une meilleure analyse, présentons ces résultats sous une autre forme (Fig 16)

       

       

      FACTEURS AUGMENTANT LA DOULEUR

      FACTEURS DIMINUANT LA DOULEUR

      Le stress

      22%

      Un bon accompagnement / équipe

      24%

      L’intensité des contractions

      18%

      La respiration

      19%

      Un mauvais accompagnement / équipe

      14%

      Une bonne information

      16%

      L’ignorance de ce qu’il se passe

      11%

      La présence du conjoint

      16%

      La fatigue

      10%

      La confiance en soi

      13%

      L’agitation

      7%

      La liberté de mouvements

      9%

      L’absence du conjoint

      5%

      La non médicalisation

      2%

      L’immobilisation

      5%

       

       

      Un environnement étranger

      4%

       

       

      La médicalisation

      3%

       

       

      (Fig 16)

    13. Questions 14 et 15 : la soulager

    Question 14 : Les autres méthodes que la péridurale :

    Cette question présentait une liste non exhaustive de méthodes susceptibles de soulager la douleur de l’accouchement et visait à évaluer les connaissances des femmes dans ce domaine. Les résultats sont présentés dans le graphique suivant (Fig 16).

    Parmi les réponses « autres », les femmes ont évoqué l’acupuncture et la digitopuncture, l’hypnose, l’utilisation du ballon, le bain et l’accouchement dans l’eau, les massages, l’ostéopathie et le yoga. Elles parlent aussi de méthodes médicamenteuses comme la rachianesthésie et le protoxyde d’azote.

    Aucune liaison statistiquement significative n’a été mise en évidence entre ces réponses et le statut obstétrical ou l’âge.

    (Fig 16)

    Question 15 : Sentiment face à la péridurale :

    La péridurale est largement utilisée de nos jours. Cette question avait pour but de connaître le sentiment des nullipares par rapport à cette technique. Le graphique suivant illustre les résultats (Fig 17).

    Dans la catégorie « autre », deux femmes ne savent pas ce qu’est une péridurale, quatre évoquent la peur de la paralysie, une n’a coché aucun item car elle dit « préférer la césarienne » et enfin, une trouve que « l’idée de la péridurale est encore plus terrifiante que l’accouchement lui-même ».

    (Fig 17)

    Grâce aux techniques statistiques, nous avons montré une liaison significative entre le sentiment face à la péridurale et l’âge des participantes (Fig18). La liaison la plus significative se situe entre les tranches d’âge 18-25ans et plus de 35 ans où p≤0,001 ; puis p≤0,05 entre les 18-25 ans et les 26-35 ans. Entre les 26-35 ans et les plus de 35 ans, la liaison n’est significative qu’entre les items «  péridurale systématique » et « pas de péridurale a priori » avec p≤0,02, ce qui ne nous permet pas de conclure.

    (Fig 18)

    De la même façon, nous avons montré une liaison significative entre le sentiment face à la péridurale et le statut obstétrical : le choix entre les 3 premiers items sont influencé par le fait d’être enceinte ou non, avec p≤0,05. (Fig 19)

    (Fig 19)