Le repos au lit pendant la grossesse : effet bénéfique, nul ou nocif ? |
Communication aux Gynovations 2005 de
Jean Claude Colau Paris
Cannes Juin 2005
La part thérapeutique de l’alitement prolongé, tant pour les pathologies gravidiques que pour le post-partum s’est considérablement réduite dans la 2e moitié du XXme siècle.
Sa forme majeure, l’hospitalisation, a diminué dans des proportions importantes, mesurables en durée de séjour.
L’hospitalisation et l’alitement préventifs constituent une véritable « parenthèse » dans la vie sociale professionnelle et familiale.
Mais a-t-on aujourd’hui le temps de se reposer ?
On lui attribue certains avantages
Le décubitus favorise la fonction cardiaque et rénale, et pourrait diminuer les conséquences de la pathologie vasculaire placentaire ; cependant ce point n’a pas été envisagé lors de la conférence de consensus sur thrombophilie et grossesse de 2003, menée sous l’égide du Club de Péri-foetologie.
Les menaces d’accouchement prématuré sont traitées par tocolytiques et la part de la station debout et des efforts abdominaux paraît aujourd’hui très relative malgré notre bipédie, et la verticalisation de l’utérus féminin qui n’est plus soutenu par la paroi abdominale comme chez les quadrupèdes, mais par le plancher pelvien, l’utérus étant verrouillé par le col.
L’ouverture de l’œuf même n’est plus une pathologie obligeant au décubitus dorsal permanent, voire en position de Trendelenbourg ; beaucoup d’équipes obstétricales acceptent, une fois le bilan initial réalisé, un suivi à domicile, l’expérience n’ayant pas démontré l’efficacité du décubitus tant pour réduire les pertes de liquide que pour diminuer les procidences du cordon.
Enfin, il faut nettement séparer le rôle de l’alitement de celui de l’hospitalisation, dont les objectifs sont la réalisation de soins incompatibles avec un suivi ambulatoire : surveillance rapprochée pluri-quotidienne par obstétriciens et sages-femmes, prescription d’une perfusion intraveineuse, surveillance d’un risque hémorragique comme dans le placenta praevia ou d’une nécessité inopinée ou en extrême urgence d’une extraction fœtale.
La non hospitalisation doit être jugée médicalement et non pas médico-légalement, elle ne constitue plus, pour un grand nombre de pathologies, une imprudence ou une négligence.
L’alitement, s’il possède des vertus de repos forcé avec dépendance complète des hospitalisés, peut être source de pathologies : fonte musculaire, accidents thrombo-emboliques, majoration psychologique de la gravité de l’état….
Nous n’envisagerons pas le rôle du décubitus au cours de l’accouchement, ni celui des accouchements dans diverses positions, qui n’ont pas fait la preuve de leur efficacité dans certaines dystocies.
En post-partum, le confinement au lit doit être réduit aux situations pathologiques, et les maternités devraient se doter de structures hôtelières permettant aux accouchées de diminuer au maximum l’alitement au profit d’activités de puériculture et d’accueil familial de l’enfant.
On peut cependant préconiser la position allongée en décubitus latéral de la mère pour l’allaitement maternel, pour son confort et celui du bébé.
Un minimum de pathologies obstétricales nécessitent un alitement prolongé allant jusqu’à l’interdiction de la station débout ou assise pour assurer les gestes de la vie courante : toilette, repas….
Le lever précoce des accouchées n’est plus à promouvoir et il n’a jamais été démontré qu’il favorisait les prolapsus.