Les autres facteurs du Cancer du Col utérin |
Dr Christian Fossat
Mars 2004
d'après un article
de Medscape Women Health
500.000 nouveaux cas de cancer du col utérin sont diagnostiqués tous les ans.
L'incidence et la mortalité ont beaucoup baissé pendant le 20è siècle dans les pays développés en raison du taux important de dépistage par frottis et du traitement des précurseurs du cancer du col utérin, mais les tendances récentes indiquent une lente résurgence pendant la dernière décade, particulièrement chez les femmes de moins de 50 ans.
Nous avons vu dans un article précédent que l'infection persistante à HPV à haut risque est le facteur principal de maladie cervicale de haut grade. Mais "seulement" 20% de toutes les lésions HPV-associées finiront par provoquer un cancer du col en l'absence d'intervention. Cette faible proportion suggère que d'autres facteurs pourraient jouer un rôle dans le processus. Certaines femmes sont porteuses de l'HPV pendant des années sans complication alors que d'autres vont développer rapidement des néoplasies sévères.
La transformation maligne est aussi influencée par des facteurs indépendants, sexuels, et non-sexuels .
Les tabagismes actif et passif sont significativement et indépendamment associés aux lésions cervicales. Les métabolites de la nicotine se concentrent dans le tissu cervical des fumeuses et les femmes porteuses d'HPV ont plus de risque de lésions cervicales intra épithéliales de haut grade si elles sont fumeuses.
Le tabagisme diminue aussi la réponse immunitaire, en augmentant les risques d'infection persistante.
Les fumeuses ont un risque deux fois plus élevé de cancer du col utérin. En fait, le nombre de cigarettes fumées chaque jour est corrélé à la sévérité de la maladie, et les femmes qui fument plus de 10 cigarettes par jour ont un plus grand risque de lésions cervicales intra épithéliales de haut grade.
La contraception orale a aussi été considérée comme un cofacteur potentiel du développement du cancer du col utérin .
Une méta analyse récente a examiné le risque accru de carcinome in situ et de carcinome cervical invasif chez les femmes porteuses d'HPV ayant eu une contraception hormonale pour des durées variables.
Aucune augmentation du risque n'a été constatée pour une utilisation de 4 ans ou moins, alors qu'une utilisation de 5 ans ou plus était associée avec une augmentation aussi bien du cancer invasif du col utérin que du carcinome in situ. Dans cette étude, le risque de cancer du col utérin était plus lié à la durée d'utilisation qu'à l'âge de première utilisation.
Ces résultats suggèrent que la contraception orale pourrait promouvoir certaines étapes de l'histoire naturelle de l'infection à HPV , augmentant la probabilité de carcinogenèse, mais que le risque d'infection à HPV initiale ou persistante n'est pas influencé.
Cette méta analyse a été critiquée du point de vue méthodologique, en particulier en raison des variations dans le types de contraception hormonale entre les différentes études.
D'autre part, les femmes sous contraception orale utilisent moins fréquemment les protections mécaniques (préservatif, diaphragme...), ce qui augmente le risque de contamination par l'HPV.
Quoi qu'il en soit, ces résultats ne permettent pas de recommander d'interrompre la contraception orale en cas de frottis anormal
La parité est un autre facteur de risque indépendant chez les femmes HPV-positif. Une association directe existe entre un plus grand nombre de grossesses à terme et le risque accru de cancer du col. Après ajustement de l'age au premier rapport sexuel, une étude a trouvé que les femmes avec une ou deux grossesses à terme ont un risque multiplié par 2,3 fois de développer un cancer du col utérin, alors que celles ayant eu plus de 7 grossesse à terme ont un risque multiplié par 3,8.
On suppose que la grande parité est liée à la progression de l'infection à HPV à cause de l'ectopie cervicale plus importante chez les femmes multipares, et augmentant avec le nombre de grossesses à terme qui maintiennent la zone de transformation sur l'exocol.
Le fait que les multipares n'ont pas un risque supérieur d'être infectées par l'HPV, indique que ce facteur, de même que la contraception orale, agit en activant la progression de la dysplasie vers le cancer, et non pas en augmentant le risque de contamination ou de persistance de l'HPV.
Le statut Immunitaire est aussi un facteur majeur de l'infection à HPV. Les femmes immunodéprimées, comme celles qui sont HIV +, ont aussi un risque accru.