Les causes de la stérilité féminine et leur traitement

 

Adaptation d'un article du Dr Jean-CLAUDE EMPERAIRE 
paru dans "Gynécologie endocrinienne du Praticien"

 

En règle générale, le premier bilan clinique et para­clinique permet de dépister une ou des anomalies, que des explorations plus poussées devront préciser avant toute thérapeutique.

En pratique, cinq situations peuvent se présenter suivant les anomalies découvertes.

1. ANOMALIES ABSOLUES

Mettons à part l'absence d'utérus, qu'elle soit congénitale (syndrome de Rokitanski) ou acquise (hystérectomie) pour laquelle aucune solution ne peut être proposée.

Dans les autres cas, il existe une anomalie telle que le partenaire qui en est atteint est véritablement stérile ­ il n'existe chez le couple aucune chance de grossesse sans correction de cette anomalie, si elle est réversible.

On peut rencontrer deux types d'anomalies:

­ Obstruction bilatérale des trompes: 

Mise en évidence par la radiographie, elle s'observe chez des femmes ayant des antécédents infectieux pelviens, tuberculeux ou, le plus souvent, à Chlamydiae ou à germes banaux. 


La solution est chirurgicale, 

l'intervention étant toujours précédée par une cœlioscopie permettant de faire le bilan des lésions et de dépister des anomalies associées (adhérences, endométriose, etc.). 
L'obstruction tubaire distale (avec ou sans hydrosalpinx) est justiciable de la salpingoplastie (plastie tubaire); l'obstruction proximale se traite par résection de la partie inutilisable et réimplantation. 

Pour avoir le maximum de chances de succès et éviter l'oblitération secondaire par formation d'adhérences postopératoires, l'intervention doit être la plus simple possible et viser au rétablissement d'une trompe, au moins, fonctionnelle. 

Le résultat peut être précocement apprécié par une insufflation et, au bout de quelques mois, par une hystérosalpingographie.

Mais trompe perméable ne signifie pas trompe fonctionnelle... 

Enfin, si, en l'absence d'autres anomalies, un début de grossesse n'est pas intervenu au bout de 8 mois à un an, il est justifié de passer à la FIV.

Les taux de conception dans les deux ans qui suivent la chirurgie des trompes varient selon le type d'intervention: 75 % environ pour les recanalisations après stérilisation, 55 % après les anastomoses cornuales, 50 % après fimbrioplastie, 20 à 40 % après salpingonéostomie, et 20 % seulement pour la chirurgie bifocale ou multifocale. 

la chirurgie tubaire est  réservée aux seuls cas favorables depuis l'apparition de la fécondation in vitro 

dont les taux de succès par tentative oscillent entre 20 à 25 %, 

Sont plutôt en faveur de la chirurgie d'emblée les situations suivantes: recanalisation après stérilisation, anastomose cornuale, fimbrioplastie, ainsi que certaines salpingonéostomies terminales; 

A l'inverse, apparaissent plutôt en faveur de la FIV d'emblée, l'occlusion bi­ ou plurifocale, l'hydrosalpinx, la réocclusion post­salpingoplastie et l'absence de grossesse deux ans après salpingoplastie. En dehors du type d'obstruction elle-même, le critère essentiel pour apprécier l'opérabilité de chaque cas est la qualité de la trompe et surtout la qualité de la muqueuse. 

Enfin, au cours de cette discussion pour décider entre chirurgie et fécondation in vitro doivent être pris en charge un certain nombre de paramètres très spécifiques à chaque couple, notamment l'âge des partenaires, le désir, l'impatience et la motivation du couple, ainsi que les autres facteurs de la fertilité conjugale.

Rappelons que la possibilité d'une grossesse extra­utérine doit systématiquement être évoquée en cas de conception après chirurgie tubaire (10% des cas environ).

­ Anovulation permanente: 

il s'agit d'une anomalie bruyante, puisqu'elle entraîne une aménorrhée primaire ou plus souvent secondaire, et qui s'est en général manifestée bien avant que ne se pose le problème de la stérilité. 

La patiente aura donc subi auparavant un bilan pour aménorrhée, qui aura écarté une anomalie congénitale (dysgénésie gonadique, testicule féminisant, malformation du tractes génital, etc.) ou acquise (tumeur hypophysaire, ménopause précoce, etc.). 

Quelle que soit la cause, le besoin d'ovule est impératif; il est alors nécessaire d'obtenir des ovulations régulières en déclenchant l'escalade par les stimulateurs de l'ovulation: anti­estrogènes (clomifène), puis en cas d'échec les gonadotrophines.

Il. ANOMALIES DÉTERMINANTES

Il existe une baisse très sévère de la fertilité chez l'individu, mais non absolue dans la mesure où l'expérience montre qu'elle n'est pas complètement incompatible avec l'installation d'une grossesse " accidentelle ". Mais il est nécessaire de traiter cette anomalie pour que les chances de grossesse deviennent subnormales.

On peut rencontrer une anomalie déterminante à l'un des trois niveaux suivants:

­ La glaire cervicale: 

Au lieu de constituer un milieu idéal de survie et de stockage des spermatozoïdes, la glaire cervicale peut dans certaines conditions, représenter un obstacle infranchissable même en période préovulatoire: glaire absente ou insuffisante, où très anormale, visqueuse, gélifiée. 
Ces phénomènes sont souvent séquellaires d'un geste thérapeutique (électrocautérisation trop appuyée, conisation biopsique) ou d'une endocervicite. 
Si la glaire ne s'améliore pas sous estrogènes, il est nécessaire de recourir à l'insémination intra­utérine de sperme capacité.

Une glaire apparemment normale peut également constituer un obstacle à la pénétration et à la survie des spermatozoïdes. La femme est en effet susceptible de former des anticorps aux antigènes dont sont porteurs les spermatozoïdes ou le liquide séminal de son partenaire, qui sont résorbés par les muqueuses génitales féminines après le rapport. Ces anticorps passent dans les sécrétions génitales et immobilisent les spermatozoïdes, notamment dans la glaire cervicale. Une telle anomalie est soupçonnée sur des tests post­coitaux constamment défavorables malgré une glaire et un spermogramme normaux; elle se confirme par l'observation sous microscope de l'immobilisation des spermatozoïdes mis en présence de la glaire (shaking phenomenon), par des tests de pénétration croisée et le dosage des anticorps dans le sérum et la glaire. 

La fécondation in vitro a nettement amélioré le pronostic.

­ L'endomètre 

peut être de mauvaise qualité et représenter un terrain défectueux de nidation pour un œuf fécondé.

Cette anomalie peut être liée:

· A une endométrite subaiguë, 

prouvée par la biopsie, isolée ou en relation avec un corps étranger intra­utérin (polype par exemple visible à la radio).

· A un déficit hormonal, 

la muqueuse étant mal préparée à cause d'une anomalie du rapport estrogènes/progestérone, secondaire à un déficit sécrétoire du corps jaune. 
Déjà soupçonné sur l'aspect de la courbe thermique (décalage lent à s'installer, plateau postovulatoire instable et court), un tel état est confirmé par la biopsie cyto­hormonale qui objective un décalage entre la date histologique de l'endomètre et la date chronologique du prélèvement. 

Ce déficit sécrétoire peut être confirmé par le taux de progestérone et de 17beta estradiol plasmatiques. 

Le dosage concomitant des androgènes dépiste une hyperandrogénie parfois associée, dont il faut alors apprécier l'origine. 

En dehors d'une éventuelle freination d'une hyperandrogénie ou de la suppression d'une hyperprolactinémie éventuelle associée, l'infertilité liée au déficit sécrétoire du corps jaune est justiciable d'un traitement progestatif substitutif en deuxième partie du cycle, ou, mieux, des stimulateurs de l'ovulation: on pense en effet que ces corps jaunes défectueux sont eux-mêmes secondaires à une folliculogenèse de " mauvaise qualité "; on entreprend alors la même escalade par les inducteurs ovulatoires, en suivant leurs effets sur la courbe thermique et les dosages hormonaux.

­ Des ovulations certaines mais rares, 

entraînant cliniquement une spanioménorrhée (cycles longs et irréguliers), abaissent d'autant les chances de fécondation. Celles-ci ne seront augmentées que par l'installation d'ovulations régulières par les inducteurs déjà signalés.

­ Par contre, les autres anomalies utérines 

(synéchies partielles, utérus bicornes, etc.) sont moins responsables d'infertilité que d'avortements à répétition, accidents que peuvent également favoriser les déficits sécrétoires du corps jaune.

III. ANOMALIES RELATIVES

Les anomalies suivantes ne sont que relatives, car elles abaissent la fertilité de la personne atteinte, mais restent compatibles avec la survenue d'une grossesse; on note en effet que de nombreux couples présentant les mêmes anomalies n'ont jamais eu de problème réel de reproduction, tout au plus une longueur à concevoir supérieure à la moyenne. Mais, dans ces cas précis, il peut être intéressant de corriger ces anomalies, pour élever au maximum la fertilité du sujet considéré.

Chez la femme, les anomalies relatives peuvent consister en:

­ Un utérus fibromateux 

(fibrome sous­muqueux ou, à partir d'un certain âge, "fibromatose" diffuse) qui entraîne une infertilité par défaut de vascularisation de l'endomètre, en regard de la formation fibromateuse; il peut être également responsable d'avortements précoces.

­ Une trompe bouchée: 

une oblitération tubaire unilatérale diminue d'autant les chances statistiques de fécondation malgré l'existence de migrations ovulaires croisées. 

Mais devant une infertilité avec oblitération tubaire unilatérale, il est prudent de pratiquer une endoscopie pour dépister des anomalies intra pelviennes associées, pouvant affecter la valeur fonctionnelle de la trompe restée perméable; cette oblitération est en effet le résultat d'un processus pathologique intra pelvien (souvent passé inaperçu) qui a pu laisser d'autres séquelles invisibles à l'hystérosalpingographie.

­ Une glaire cervicale de qualité médiocre

  représente un milieu peu favorable à la sélection, la survie et la progression des spermatozoïdes.

IV. LES FAUSSES ANOMALIES

Il s'agit de causes souvent invoquées, jamais prouvées, et dont la cure n'entraîne la conception que dans un pourcentage de cas ne dépassant pas celui des coïncidences. 
C'est le cas de la fameuse rétroversion utérine, de l' "infantilisme utérin", du rétrécissement du col et de pathologie pelvienne mineure n'entravant pas la migration des gamètes, ni le jeu fonctionnel des trompes. Il faut noter la présence de telles conditions au cours du bilan, mais leur caractère banal ne doit jamais les faire considérer comme une cause réelle d'infertilité et doit faire poursuivre les investigations .

C'est aussi tout le problème des stérilités dites psychogènes, qui, en dehors de certains cas évocateurs d'emblée, ne représentent en général qu'un diagnostic d'élimination basé sur un bilan précis et rigoureux.

V. L'ABSENCE D'ANOMALIES

Ce sont ces couples trop nombreux chez lesquels le bilan le plus soigneux mené avec nos moyens d'investigation actuels ne décèle aucune anomalie notable. 

Avant d'étiqueter une telle stérilité comme psychogène, il convient d'être conscient de l'alternative suivante:

1 Il existe une anomalie qui est passée inaperçue et qu'il est toutefois possible de dépister avec nos moyens actuels: 

c'est surtout à la possibilité d'une pathologie intrapelvienne  

qu'il faut penser, processus passé inaperçu, indécelable par l'examen clinique, invisible à la radiographie.

 - L'endométriose

­ L'endométriose pelvienne peut constituer une surprise de cœlioscopie en l'absence de tout phénomène douloureux génital, cyclique ou non:

­ L'endométriose peut représenter un facteur pelvien d'infertilité mécanique, lorsqu'il existe des kystes ovariens "goudron", et des lésions adhérentielles péri­ovario­tubaires impliquant souvent l'appareil digestif ­ le traitement en est chirurgical.

­ Par contre, l'endométriose péritonéale, sans perturbations de la mécanique annexielle, a un rôle beaucoup plus discuté; elle ne doit être considérée tout au plus que comme un facteur d'hypofertilité, par l'intermédiaire d'anomalies immunitaires ou par altération du liquide péritonéal. Son traitement peut en être immédiat (Laser endoscopique), mais reste le plus souvent médical.

 ­ Des brides ou des voiles adhérentiels 

peuvent constituer des barrières absolues à la migration et à la rencontre des gamètes ou interdire le jeu fonctionnel de trompes par ailleurs normales; ils peuvent également être secondaires à des antécédents connus: pelvi­péritonite annexielle ou appendiculaire: interventions gynécologiques dont on n'est jamais assez avare chez la jeune fille. 

Quoi qu'il en soit, il est indispensable de pratiquer une cœlioscopie avant de conclure à l'absence d'anomalies chez un couple infertile; il faut également pratiquer cet acte le plus souvent possible lorsqu'on n'a mis en évidence que des anomalies mineures n'emportant pas la conviction, afin de ne pas ignorer une cause très réelle avant de les traiter.

Il existe une anomalie qui est passée inaperçue et qu'il n'est pas possible de dépister dans l'état actuel des choses

parce qu'un certain nombre d'aspects de la reproduction humaine nous sont inconnus ou mal connus: cette notion est à substituer à celle de couple stérile "normal". Il est en effet capital que le couple ne se considère pas comme normal et ne nourrisse pas d'espoirs injustifiés; c'est paradoxalement chez ces couples que le pronostic est le plus sombre et que les grossesses spontanées " inattendues " sont les plus rares, ce qui semble bien prouver qu'ils présentent des dysfonctionnements encore mal individualisés. Il s'agit sans doute de l'un des domaines médicaux où la recherche pure est la plus proche de l'application pratique et où le spécialiste se doit d'être toujours parfaitement informé.

Sur le plan pratique, ces couples sont justiciables d'une escalade thérapeutique progressive et étalée dans le temps en prenant en compte la durée d'exposition (supérieure à 5 ans) et aussi le facteur âge des partenaires:

­ Stimulation ovulatoire suivie pour optimiser les différentes étapes de la fécondation naturelle;

­ Insémination intra­utérine de sperme capacité sur un maximum de 6 cycles thérapeutiques;

­ Enfin, en cas d'échec de toutes les thérapeutiques utilisées, le passage à la fécondation in vitro. Cette technique permet parfois a posteriori de préciser l'étiologie d'une stérilité jusque là inexpliquée, en démontrant par exemple le caractère non fécondant du sperme.