Prise en charge
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Document tiré des compte-rendus d'une Journée organisée le Vendredi 30 Janvier 1998 à Colmar
par le Cercle d’Étude des Gynécologues Obstétriciens du Parc et transmis par Richard Kutnahorsky
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Lincidence des grossesses multiples (3 ou plus) sest accrue progressivement au cours des dix dernières années dans tous les pays industrialisés et témoigne, sil en était nécessaire, de lefficacité redoutable des thérapeutiques de la stérilité. Ces grossesses multiples ont des conséquences néfastes liées aux complications de la prématurité, mais aussi à lagression psychologique du couple quelles constituent. Pour remédier à ces risques, la technique de la réduction embryonnaire sest lentement installée dans les pratiques médicales acceptées et reconnues. Son objectif est de prévenir les complications des grossesses multiples. La technique est réputée sûre et efficace et les grossesses ainsi réduites (en grossesses gémellaires le plus souvent) ont à peu près le même pronostic que si elles avaient été gémellaires dès le début. La réduction embryonnaire, comme toute technique médicale, est cependant susceptible déchouer, aboutissant à la perte complète de la grossesse avec les conséquences psychologiques dramatiques que cela peut comporter. Cest donc la logique du "moindre mal" qui prévaut dans lindication de la réduction embryonnaire, tant dans lesprit des futurs parents que dans celui des médecins. Si le bénéfice de cette pratique pour les grossesses quadruples (et plus) est très clairement établi en terme de vies épargnées et de morbidités évitées, il nen est pas de même pour les grossesses triples où il persiste une ambiguïté. Pour les grossesses triples, cest largumentation familiale et sociale qui prend la première place dans lindication dune réduction embryonnaire. La lourdeur psychologique de cette pratique et lampleur de ses conséquences affectives empêchent de la considérer comme une bonne solution et devraient pousser à plus de prudence dans la mise en uvre des procédures qui peuvent entraîner une grossesse multiple. Même si cette technique est disponible et évite les choix et les risques antérieurs à son existence, le terme de prévention constitue le maître-mot. Les considérations bioéthiques qui entourent ce geste vont donc être analysées ici en abordant les mesures qui pourraient faire diminuer ce type dintervention. Histoire naturelle des grossesses triplesUne revue de 12 publications sur lhistoire naturelle de la grossesse triple montre sur 707 grossesses, un âge moyen daccouchement de 33,5 semaines: - 90% des enfants naissent avant 37 semaines, Le poids moyen de naissance est de 1800 g. La durée moyenne de séjour de la mère à lhôpital est de 23 jours et la mortalité périnatale corrigée pour 1000 enfants de plus de 500 g est de 119 avec des extrêmes à 22 et 312. En 25 ans, la fréquence des accouchements de grossesses multiples est passée de 0,9% à 1,3% pour les gémellaires, et de 0,9 à 3,7 pour 10 000 pour les grossesses triples. Un pic de fréquence pour les grossesses triples a été observé en 1989 à 4,5 pour 10 000 naissances. Laugmentation de lâge des mères ainsi que lapparition des traitements efficaces de la stérilité rendent compte de ces augmentations importantes. Sur une série de 140 grossesses triples évolutives, seules 8 (5,7%) ont été conçues spontanément. Toutes les autres ont eu soit une induction dovulation soit une FIV. Sur les 106 femmes qui ont poursuivi leur grossesse sans réduction embryonnaire, 22 (20,7%) ont avorté avant 24 semaines. 34 patientes ont souhaité une réduction embryonnaire à 2 embryons et leur taux de perte ftale avant 24 semaines a été de 8,7%. Ces résultats montrent que le taux davortement spontané dans les grossesses triples, surtout après traitement de stérilité, peut être élevé et que la réduction embryonnaire peut diminuer le risque de perte ftale chez ces patientes. Grande prématurité et grossesses multiples:Un des pourvoyeurs importants (et de surcroît le plus évitable) de la grande prématurité est constitué par les grossesses gémellaires et triples qui entraînent un risque 10 à 50 fois plus élevé de grande prématurité que les grossesses uniques. En 1993, 9208 accouchements de grossesses gémellaires et 269 accouchements de grossesses triples ont eu lieu en France. On peut estimer que parmi les grands prématurés qui naissent annuellement en France (environ 4400), plus de 900 proviennent de grossesses gémellaires et 200 de grossesses triples ou plus. Les traitements de stérilité sont responsables respectivement de 230 (25% des grossesses gémellaires) et de 170 (75% des grossesses triples) de ces prématurés. Au total, cest donc environ 25% des grands prématurés qui proviennent des grossesses multiples. En fécondation in vitro, le nombre dembryons transférés conditionne le risque de grossesses multiples. Les traitements de linfertilité masculine sont associés à une élévation du risque de plus de 50%, en raison probablement de la plus grande fertilité féminine dans ces contextes. Le taux de fécondation élevé, lindication de la FIV, le nombre dembryons et lâge de la mère sont tous des paramètres qui interagissent individuellement pour contribuer à linitiation dune grossesse multiple. En ce qui concerne les stimulations hors FIV, leur nombre est mal connu et est estimé à partir de la vente des inducteurs de lovulation (2,4 millions dampoules dhMG et/ou FSH par an). Ces stimulations qui concernent entre 30 000 et 50 000 femmes par an ne sont pas évaluées et un des objectifs prioritaires de santé publique consisterait à demander à chaque prescripteur de fournir un rapport annuel de cette activité (une sorte dauto-évaluation) à linstar de ce qui est demandé aux centres dAMP. Il nest pas illusoire de penser quen France, il serait possible de diviser par 4 le nombre de grossesses triples dues à la stimulation de lovulation et réduire de 30% celui des grossesses gémellaires. Ceci permettrait de diviser par 2 le nombre de grands prématurés issus de ces pratiques médicales. De même, laccès possible à la réduction embryonnaire en cas de grossesse de rang supérieur à 2 est susceptible déviter 300 naissances de grands prématurés par an mais aussi des prématurés de moins de 31 semaines qui ont aussi leur contingent de morts périnatales, ou de handicaps séquellaires. Pronostic de la grande prématuritéLe handicap cérébral, le retard mental, les convulsions chroniques, les complications digestives et la cécité sont les complications classiques de la prématurité et leurs fréquences sont dautant plus élevées que la prématurité est grande. De plus, lors dune naissance multiple, ce risque individuel est multiplié par le nombre denfants nés. Une famille peut fort bien voir survenir plusieurs handicaps pour chacun des enfants nés prématurément au terme dune grossesse multiple. Entre 28 et 32 semaines le taux de survie est voisin de 80% mais 15 à 20% sont menacés de séquelles neurologiques. Après 26 semaines dâge gestationnel et un poids supérieur à 600 g, les chances de survie sans séquelle sont de plus de 50%. La grande et la très grande prématurité représentent 50% de la mortalité périnatale et occasionnent la moitié des séquelles motrices observées dans la petite enfance. Deux études réalisées en 85 et 92 portant sur les naissances de 25 à 32 semaines montrent que le taux de survie global à 2 ans évolue de 75% à 83%. Les pourcentages de pathologies graves chez les survivants sont de 14% et 13% respectivement. Chez les nés vivants, le taux de survie sans handicap majeur est passé de 64% à 73%, le taux de survie avec handicap de 10% à 11%. Les registres scandinaves de handicaps montrent une augmentation de la prévalence de la paralysie cérébrale à 0,24%, taux quelle atteignait il y a une quarantaine dannées. La paralysie cérébrale est inversement proportionnelle au nombre de semaines de gestation: 8% pour la prématurité extrême, 5,4% pour les grands prématurés, 0,8% pour la prématurité modérée et 0,14% pour les enfants nés à terme. Les risques de la réduction embryonnaire:La technique de réduction embryonnaire a été décrite en 1986 et elle fait désormais partie de larsenal thérapeutique de linfertilité, bien que lensemble de ses conséquences soient encore en cours dévaluation. Le travail collaboratif international sur la réduction embryonnaire porte sur 750 patientes ayant eu une réduction à 2 embryons par voie transabdominale. 5,2% des enfants sont nés entre 25 et 28 semaines, 9,9% entre 29 et 32 semaines et 39,7% entre 33 et 36 semaines et 45,2% au delà de 37 semaines. Les résultats de la technique transvaginale sont identiques et on peut dire que dans toutes ces grandes séries, 84% des grossesses ont atteint un âge gestationnel = à 33 semaines à la naissance. Le taux de fausses couches complètes après réduction embryonnaire est fonction de la technique utilisée, du nombre dembryons initial et final et de lexpérience de lopérateur. Le taux moyen retrouvé dans la littérature est de 8 à 9%. Il faut rappeler quon observe 27% davortement spontané avant 20 semaines dans les grossesses conçues en FIV. Bien quune partie des pertes ftales après réduction embryonnaire soit liée à lhistoire naturelle des grossesses multiples, il nen reste pas moins quil sagit dun geste invasif qui, à ce titre, peut rendre compte de certains avortements. En effet, les pertes ftales diminuent avec lexpérience des opérateurs dans les publications internationales sur ce sujet. Il est bien sûr impossible actuellement de chiffrer dans les pertes ftales la part qui revient à la technique et celle qui revient au contexte. Dans la série de réductions embryonnaires du Mount Sinaï Hospital portant sur 400 patientes, 368 ont accouché au-delà de 24 semaines. Lâge gestationnel moyen à la naissance a été de 35,4 semaines et 88% des patientes ont accouché au delà de 32 semaines. Sur les 179 patientes qui avaient des grossesses triples et qui ont eu une réduction à 2 ou à 1, lâge gestationnel moyen à la naissance a été de 35,9 semaines, 102 (57%) ont accouché au-delà de 36 semaines, 63 (35%) entre 32 et 36 semaines, 10 (6%) entre 28 et 32 semaines, et 4 (2%) entre 24 et 28 semaines. Ces résultats dâge gestationnel à la naissance sont meilleurs que ceux observés au cours de lhistoire naturelle des grossesses triples. Cependant, il nest pas certain quils se traduisent par une amélioration du pronostic néonatal. La littérature internationale nest pas riche en comparaison sur ce point. En effet, il y a 4 publications (dont 3 comportent un nombre suffisant de cas) qui comparent les pronostics néonatals des grossesses triples réduites versus abstention. Ces 3 publications montrent toutes une augmentation du poids de naissance et de lâge gestationnel à la naissance pour les grossesses réduites. Deux de ces publications montrent une diminution des pertes totales de grossesses avant 24 semaines et les 3 montrent une diminution du nombre daccouchements avant 32 semaines. Il y a une réduction de la mortalité périnatale, des complications respiratoires néonatales et des hémorragies intraventriculaires dans le groupe avec réduction embryonnaire. Ces résultats montrent donc une légère réduction de la mortalité périnatale et de la morbidité périnatale immédiate, mais la modification des pronostics à long terme des survivants nest pas prouvée. Ces résultats, bien quincomplets, peuvent fournir une base pour linformation des couples et constituent un argument pour continuer de proposer lalternative de la réduction embryonnaire dans le cadre des grossesses triples. Complications sociales et familiales des grossesses multiplesLes évaluations pronostiques ne sont pas les seules à prendre en compte, car les considérations familiales sur le vécu et les conséquences des grossesses triples sont indiscutables. Plusieurs études sur ce sujet montrent toutes quil est difficile pour une mère de satisfaire aux besoins souvent simultanés de 3 enfants. La relation mère-enfant se trouve souvent perturbée à la suite dune telle naissance. Les difficultés domestiques ont de réelles conséquences psychologiques qui aggravent les effets de la fatigue et du stress. Les aides maternelles et celle des pères sont généralement trop courtes. A cela sajoute lisolation sociale due aux difficultés matérielles de se déplacer qui est renforcée par les questions de lentourage sur les raisons de cette grossesse multiple. Ceci accroît encore le "sentiment danomalie" souvent ressenti dans ce contexte. Lexaspération, voire lhostilité à légard de ces enfants est souvent décrite et elle est délétère pour la relation mère-enfant. Le fait de ne pas trouver de plaisir dans la relation avec les enfants se traduit souvent par une sorte de détachement. Il faudrait trouver des solutions pour que la mère puisse passer du temps seule à seul avec chaque enfant sans pour autant que les autres ne se sentent frustrés. Le fait de ne pas se sentir heureuse et comblée après une grossesse si désirée provoque un sentiment de frustration et de culpabilité. Le point le plus sensible est le sort de la relation conjugale qui est gravement mise a partie après un tel événement. Après avoir vécu de nombreuses années ensemble sans enfant, laccroissement brutal de la famille est difficile à vivre pour le couple. Ceci est attesté par un nombre de divorces important dans lannée qui suit la naissance ainsi que par un fort pourcentage de patientes qui nécessitent un traitement psychothérapeutique dans lannée qui suit la naissance (25%). Ceci rejoint des observations faites sur les mères de jumeaux qui signalaient un taux 3 fois plus élevé de dépressions, 5 ans après la naissance, par rapport à ce quon observe chez les mères denfant unique. Les mères elles-mêmes disent que leur situation ne peut être comprise de lextérieur. Considérations éthiques sur la réduction embryonnaireLes considérations éthiques et les enjeux sénoncent différemment selon que lon considère les grossesses dun rang supérieur à la grossesse triple, les grossesses triples ou les gémellaires: 1) La justification médicale pour les grossesses > 3 rejoint ce que Berkowitz appelle la "logique du canot de sauvetage" où on refuse légitimement de faire monter sur une embarcation surchargée des personnes supplémentaires si cet acte est susceptible de faire sombrer lembarcation et daugmenter les pertes en vies humaines. Dans le cas des grossesses multiples, ceci se traduit par le sacrifice de ftus normaux pour augmenter les chances de survie et diminuer les risques de morbidité pour les survivants. Malgré le rappel réitéré et renforcé dune prévention médicale vigilante de ce type de complications, il restera toujours des accidents thérapeutiques qui ne sont pas tous évitables. Cest ce quon pourrait appeler laléa thérapeutique des traitements de stérilité. La possibilité pour le couple de recourir à une réduction embryonnaire dans ces situations doit être complète et donc linformation et la justification de la proposition thérapeutique font partie des règles de bonne pratique médicale. Ne pas donner les informations à la patiente, eu égard aux risques nombreux encourus par la mère et par les enfants dans ce cadre des grossesses hyper-multiples, peut être considéré comme un manquement à lobligation de moyen avec perte de chance en cas de complication due à la grossesse multiple. 2) Largument qui légitime la réduction embryonnaire dans les grossesses gémellaires sur lexistence légale de lIVG (faites-moi une "IVG partielle") mérite quon se questionne sur ce que sont les différences entre IVG et réductions embryonnaires: - Il ne sagit pas, dans le cas de la réduction embryonnaire, dune interruption de grossesse puisque la grossesse se poursuit mais différemment. - Contrairement à lIVG où la grossesse nest pas désirée, ici la grossesse est désirée initialement, mais du fait du nombre de ftus, la grossesse nest plus souhaitée "sous cette forme". La demande ne se situe plus au niveau générique (qualitatif): "je ne peux pas accepter cette grossesse car je ne peux pas avoir denfants dans cette circonstance". La demande se situe au niveau quantitatif, ce qui réifie les ftus. "Alors que je désirais la grossesse, je ne désire plus cette grossesse en létat car sa nature gémellaire me déplaît". Ce qui légitime habituellement lintervention médicale est la découverte dune pathologie préjudiciable soit à la mère soit aux enfants. La grossesse gémellaire ne rentre quexceptionnellement dans ce contexte médical (utérus malformé, mauvaise vascularisation utérine ayant généré des complications au cours dune grossesse unique, antécédent de rupture utérine, etc.). En effet, tout couple qui souhaite une grossesse sexpose, quil le veuille ou non, à un risque de gémellité de lordre de 1%. A la question de savoir si la grossesse gémellaire est une pathologie, la réponse est clairement négative dans plus de 99% des cas. Bien que certaines familles puissent arguer du fait quune technique existe et quils souhaitent en bénéficier pour avoir le nombre denfants correspondant à leur projet familial, la question qui est posée est de savoir si cette demande entre dans le cadre de lactivité médicale de soins et de prévention de la maladie ou dans un autre cadre plus cosmétique voire consumériste. De plus, la démarche de réification de lembryon dont on veut contrôler le nombre sans raison médicale "justifiante" déplace cette demande hors du champs médical mais aussi hors du champs de ce que les médecins peuvent accepter de faire, si tant est que leurs actes définissent, comme un vaste négatif de photographie, ce quest lêtre humain. Il est donc légitime de proposer, quen dehors dune raison médicale indiscutable, ce type de geste ne soit pas réalisé dans les grossesses gémellaires. On ne peut pas comparer la détresse dune femme qui ne souhaite pas une grossesse, et qui demande une IVG, quelle quen soit la raison, souvent inavouée dailleurs, et celle dune femme qui est gênée par la nature gémellaire de la grossesse quelle a souhaitée. La réduction embryonnaire dans une grossesse gémellaire est très proche, sur le plan des principes, de linterruption médicale de grossesse. Car en fait, il sagit bien dune interruption médicale de grossesse qui, comme elle, ne peut se faire sans le consentement de la patiente, mais qui nécessite de plus laccord du corps médical. Une évaluation soigneuse du risque médical de la grossesse gémellaire et du risque de perte totale de la grossesse doit alors être effectuée selon les règles habituelles de lanalyse des risques en médecine. Il serait donc logique dutiliser les mêmes structures décisionnelles dexpertise pour ces demandes de réduction embryonnaire et les centres pluridisciplinaires, institués pour encadrer la décision dinterruption médicale de grossesse, devraient être sollicités pour donner un avis sur ces demandes dinterruption partielle de grossesse gémellaire pour raison médicale. Hors de lindication médicale proprement dite, la réduction embryonnaire dans une grossesse gémellaire ne trouve aucune justification. 3) Les grossesses triples posent les problèmes éthiques les plus complexes. En effet, les effets sur la prématurité sont insuffisants pour démontrer un réel gain en terme de morbidité à distance. Bien que lâge gestationnel à la naissance soit plus bas dans les grossesses triples, les différences sont trop faibles pour apparaître comme déterminantes. Le taux davortements spontanés avant 24 semaines doit également être pris en compte. En effectuant une balance des avantages et des inconvénients portant uniquement sur le nombre denfants en bonne santé selon que lon réduit ou non la grossesse triple, on ne peut que rester indécis. Seules les considérations familiales et sociales font apparaître des différences nettes entre grossesses gémellaires et grossesses triples et celles-ci ne peuvent pas être appréciées par le médecin. En labsence de réponse nette de la part du corps médical, il semble logique que la décision ne soit pas imposée, mais quune information aussi neutre que possible permette au couple de prendre sa décision avec un maximum dautonomie. Les principaux éléments de jugement sont les suivants: - le risque de prématurité et le déroulement habituel dune grossesse
triple La réduction dune grossesse triple, si elle est souhaitée par le couple, doit se faire vers une grossesse gémellaire et pas vers une grossesse unique et ce pour 2 raisons: - les arguments éthiques développés plus haut concernant la réduction des
grossesses gémellaires sappliquent ici totalement ConclusionLa réduction embryonnaire est un geste lourd de conséquences médicales, psychologiques et éthiques. Les appels réitérés pour une prévention efficace des grossesses multiples pour lensemble des médecins qui manipulent les thérapeutiques de la stérilité ne feront pas disparaître cet aléa thérapeutique et il est donc impossible de remplacer la réflexion éthique sur ce geste par une moralisation fut-elle coercitive de linduction dovulation. Chaque médecin devrait cependant être tenu de rendre compte annuellement de lusage quil a fait des gonadotrophines quil a prescrites et des résultats quil a obtenus (à linstar des centres dAMP). Ceci lamènerait parfois à différer certains traitements chez des femmes fécondes mais pressées (en évitant cette "accélération du faire" qui est parfois demandée par les patientes) mais aussi à être plus prudent dans les posologies. On éviterait ainsi le "sil y en a trop on réduira" qui place la réduction embryonnaire en position de thérapeutique complémentaire habituelle, comme une espèce de tribut à payer à lefficacité et la rapidité dans lobtention du résultat escompté. Linscription des réductions embryonnaires dans le cadre des IMG (avec obligation de passer par un centre pluridisciplinaire avant de réaliser le geste) compléterait habilement ce dispositif en remplaçant une coercition damont par une évaluation daval. Faire ressortir au grand jour le pourcentage de cas où on a eu besoin dune réduction embryonnaire serait sûrement la stratégie la plus efficace pour obtenir que cette technique ne passe pas au rang des thérapeutiques ordinaires. Mais lorsquune grossesse multiple survient tout de même, quelle quen soit la cause, la démarche médicale diffère radicalement selon quil sagit dune grossesse gémellaire, triple ou de rang supérieur. Si la réduction embryonnaire na aucune justification éthique dans le cadre des grossesses gémellaires (hormis les rares indications médicales où une grossesse simple est tolérable alors quune grossesse double ne lest pas), elle doit en revanche être proposée aux grossesses quadruples (et plus) car le risque davoir un handicap majeur chez au moins un des enfants est considérable. Les grossesses triples constituent le "passage à la limite" où tout est affaire de cas particulier. Aucune règle pré-établie nest ici valable. Linformation qui confère au couple la plus grande autonomie décisionnelle constitue le meilleur guide dans un domaine médical où les résultats ne fournissent aucune conclusion définitive. Il serait souhaitable, ici plus quailleurs, que les options philosophiques personnelles des médecins passent au second plan, pour que le couple, déjà fortement éprouvé par la iatrogénèse ambiante puisse avoir une réelle autonomie de responsabilité et ne soit pas comme des marionnettes, discrètement mues par les fils invisibles du désir médical....
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